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26.04.2006

Une enfance en Bretagne 12 - l'eau

L'eau
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Je me souviens qu’il fallait aller chercher l’eau parfois très loin, en fonction de l’état des nappes phréatiques. En fait, on avait deux puits. L’un juste derrière la maison, avec une chaîne grinçante à laquelle pendait un seau en métal et une manivelle du côté droit. On a toujours eu un peu peur, mon frère et moi, ne voyant pas le fond, juste les côtés avec du lierre humide et des pierres d’ardoise. De plus les planches qui maintenaient la structure ont fini par pourrir et il était « moins une » quand mon frère a failli tomber dedans, une de ses jambes ayant traversé une de ces planches tandis que l’autre était encore sur le vélo que l’on venait de sortir du hangar. Ce puits n’a pas été bouché dès l’arrivée de l’eau courante. Il continuait à servir pour les vaches du voisin et à nous hanter, à nous narguer de son ossature délavée, comme dans un film d’horreur et l'on faisait des détours de plus en plus grands pour l’éviter.
Par contre, le puits du bas du jardin, qui se trouvait à l’ombre des grands arbres et juste en face du poulailler, a été comblé dès que les poulaillers en question ont cessé leur activité. Et avec lui les groseillers à maquereaux qui l’entouraient et que l’on adorait dévorer avant même qu’elles soient mûres, les groseilles. Les ouvriers qui sont venus combler le puits ont tout arraché et d’ailleurs je ne me rappelle plus bien de l’emplacement exact de ce puits, alors que le premier oui.
Mais il arrivait qu’ils soient presque à sec. Et alors là c’était l’expédition.
Le premier cas c’était d’aller jusqu’à une prairie située à 300m avec des brouettes sur lesquelles on mettait une barrique, un tonneau en bois. Plus quelques jerricans, mais ce n’était pas monnaie courante. La descente vers la prairie ça allait, mais la remontée non, avec une brouette si lourde qu’il fallait être deux à pousser, enfin deux enfants, car ma mère ou ma sœur y allaient de bon pas, faisant juste les pauses qui étaient nécessaires. Dans cette prairie, il y avait La source. Rien ne disait que c’était une source, pas d’écoulement d’un rocher, pas de mini cascade, elle passerait presque inaperçue, tellement il y avait d’herbes et de joncs partout. Presque planquée, mais bien connue des villageois qui avait élaboré un entourage en bois avec un tuyau en plastique qui en sortait. Non, pas très romantique cette source. Par contre la prairie en elle-même, c’était pour nous le marécage maudit. Pas très grande, à peine la moitié d’un terrain de foot, mais c’est justement le fait qu’on ne voyait pas bien l’eau et qu’il y avait autant de touffes d’herbes sèches que de vase fétide avec des reflets cuivrés qui nous faisait nous monter la tête. Le but c’était de sauter de touffe en touffe, en les repérant bien, pas question de marcher sur de l’herbe molle qui s’écrase avec notre poids dans la vase. Combien de chaussettes ont été marquées par cette boue marron et putride !
Enfin il y a eu une fois une vraie expédition, en carriole tirée par des chevaux (ce devaient être les derniers) par une très chaude après-midi d’été, pour aller remplir plusieurs tonneaux dans une rivière à trois kilomètres de la maison. Et bien sûr, on se tenait fièrement sur les tonneaux, traversant le village comme des princes. On ne se rendait pas compte alors que le fait de devoir aller chercher l’eau si loin était synonyme de difficultés supplémentaires pour nos parents.

Commentaires

Hum, je suis en train de lire toute votre série des "enfance en Bretagne" et... fichtre, je m'y reconnais tout à fait!
J'ai racheté voici 3 ans le pen-ty voisin du nôtre, à des cousins qui le laissaient à l'abandon. Mon premier acte a été de réhabiliter... le puits! Puits miraculeusement sauvegardé jusqu'alors (le bon côté d'un abandon du lieu!), maintenant encadré de rosiers grimpants, roses trémières, rhodos et camellias...
Je continue ma lecture... ce blog va entrer dans mes favoris!

Ecrit par : Gradlon | 15.10.2006

Merci beaucoup Gradlon (clin d'oeil à Carhaix ?) pour ces retours positifs. Et je dois dire que tu as bien de la chance de demeurer dans un pen-ty en centre Bretagne. Bien que je ne me plaigne pas de mon "exil" dinardais , mais j'ai eu beaucoup de mal à vivre la vente de notre maison d'enfance à des grands bretons, même si c'était sans doute la meilleure solution à bien des façons. Mais bon nostalgie, nostalgie.Ecrire ces souvenirs aura été le moyen d'exorciser et d'accepter.
amicalement

Ecrit par : tabrienn | 15.10.2006

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