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23.05.2006
Une enfance en Bretagne 18 - les grillons
Les grillons

Je me souviens des "chasses aux grillons" vers mai –juin, quand les "cri-cri" se faisaient entendre d'un peu partout à la fois. C'était le signe du printemps installé, l'arrivée de l'été, les hautes herbes envahissantes qui revendiquaient leur territoire, et les fleurs jaunes dans les champs. L'odeur de l'humide et de la reine des prés.
J'étais réputée être une chasseuse, tenace, avec pas mal de réussite, mais laquelle nécessitait une sacrée dose de persévérance. Je dirigeais mes oreilles vers l'endroit du crissement le plus proche, en bougeant peu à peu, juste visualiser par l'ouie (ouais ça fait bizarre de dire comme cela mais ça correspond) l'endroit où devrait se trouver la bestiole, c'est à dire un coin d'herbes parmi plein d'herbes. Alors là débute la phase d'approche de la proie : avancer doucement, pas à pas, s'arrêter pour écouter et du coup visualiser que le son vient finalement d'un peu plus loin. Ah le malin, il voulait nous berner ! Refaire alors deux pas, s'immobiliser de nouveau. Car la bestiole est futée et doit entendre la vibration ou la charge de notre poids et alors elle s'arrête brusquement de chanter. Plus rien ! Plus de cri-cri. Elle a dû rejoindre en vitesse les entrailles de son trou. Il y a bien les autres dans les parages qui continuent à se répondre, mais je suis trop près du mien, je ne vais pas lâcher comme ça.
Alors, soit on attend sans bouger un bon moment, le temps que le grillon se dise que tout danger est écarté et repousse son cri strident. Mais on peut attendre longtemps. Et moi je n'avais pas cette patience. Alors comme je m'étais quand même suffisamment approchée, je farfouille dans "le coin" pour repérer ce trou particulier des grillons qui s'enfonce en pente, derrière une touffe d'herbes pas trop dense quand même, avec un peu de terre devant c'est même mieux pour faire terrasse, l'endroit où il se place pour appeler ses congénères femelles. A ne pas confondre avec un trou de serpent (notre terreur, mais ils sont quand même plus gros) ou de mulot ou toute autre bestiole des entrailles dont j'ignore même l'existence.
Reste ensuite à trouver le brin d'herbe idéal pour titiller la bestiole au fond de sa cachette, avec une tige assez longue mais ni trop molle car il n'y aura pas assez de pression pour épouser les aspérités de l'orifice et elle restera désespérément à l'entrée, ni trop dure car elle se bloquera au moindre virage. Un bon chiendent fera l'affaire, qu'on peut bifurquer selon les courbes et, à force de titiller l'antre, apparaît le derrière de la bestiole (oui, elle sort en marche arrière), laquelle semble tout à coup énorme à côté de nos doigts et qui a fait lever des grands cris chez des copines. Le pauvre insecte n'a qu'une envie, rentrer au fond ou se planquer à côté, mais on a vite fait de l'attraper, soit juste pour le regarder, fasciné et sentir ses petites pattes accrocher notre paume, avant de le relâcher dans l'immensité des herbes, ou soit, comme on nous le recommandait à l'école dans le cadre des fameuses" leçons de choses", le mettre dans une boite en carton pour l'emmener en classe (pour en faire quoi, je ne me rappelle même plus). C'est ainsi qu'un jour on en a perdu un dans la cuisine et il semble avoir trouvé refuge derrière la cuisinière à bois car certains soirs, parfois longtemps après cette disparition, on entendait s'élever un cri-cri bien clair, le soir, alors que tout le monde s'apprêtait à dormir. Comment il avait fait pour tenir et qu'est-ce qu'il mangeait, aucune idée..Le voilà devenu grillon domestique.
Autres bestioles à venir :
- le hanneton
- le ver luisant
- les sauterelles
- libellules et papillons
- fourmis en tous genres
- araignées
- inévitables mouches.
22:05 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bretagne


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