« WHIPPING BOY en parcourant mes cds | Page d'accueil | une enfance en centre bretagne 37 - tueries ordinaires »
08.07.2006
une enfance en centre bretagne 36 - le pardon de Ste Anne 3
Le pardon de Ste Anne 3 : les concours
Le dimanche, c'était devenu Le jour, celui des concours et attractions en tous genres. En fait entre l'esprit kermesse et celui des sports bretons, mais nous on ne connaissait que cette journée là pour aiguiser officiellement notre esprit compétitif. Il y en avait pour tous, petits et grands, hommes ou femmes, dans tous les coins du bourg, c'est à dire presque devant chaque café, de quoi tenir toute une longue après-midi.
On commençait près de la chapelle pour les fameuses courses en sacs, juniors puis seniors. Mais le sac était le même, grand, en toile de jute, servant habituellement pour les pommes de terre. On se glisse dedans, tenant l'ouverture bien hermétique à l'aide des mains, pour éviter qu'il ne glisse et que l'on soit disqualifié, puis au top départ, on fait des grands sauts de cabri pour arriver avant l'autre, devant les vivats des villageois et des copains qui hurlent les encouragements. Bien sûr ce qui est marrant, ce sont les chutes, les sacs qui se cassent parfois, qui tombent et qu'il faut remonter bien vite, sans oublier ceux qui se trouent et laissent passer les jambes, de manière non règlementaire
Encore plus source de rigolade, la course à la brouette. Attention pas chacun avec sa brouette, non, une brouette pour deux. Alors là il faut bien la choisir, pas trop lourde, plutôt en bois, avec des manches qui tiennent bien aux mains. Il y avait ainsi des brouettes presque de compétition, du moins de cette compétition-là. La piste allait d'un café à l'autre et c'était plutôt un truc de gars, bien costauds, qui s'invectivaient dans le même duo, car quand tu tiens un manche d'une seule main, et en plus de la main gauche et que l'autre fait de même, avec une main droite, eh bien arrive ce qui doit arriver, l'un tire à hue, et l'autre à dia. Et l'on voyait les brouettes faire des courbes non prévues dans le parcours, virer en diagonale, alors que les compétiteurs pensaient avoir bien l'œil sur la ligne droite. Encore une franche rigolade.
![]()
Ensuite, le tour des petits avec la course à l'œuf. Le principe : On tient une cuillère à soupe dans la bouche, et on y dépose un œuf avant de courir au plus vite (enfin, en principe) vers la ligne d'arrivée, les mains dans le dos. Essayez de le faire sur 50 m, j'en ai vu des œufs cassés ! Mais surtout, les enfants avaient soudain des postures très étranges.
Dans le même style : il vaut mieux faire prudemment que brusquement, il y avait le remplissage de la bouteille. Plein d'allers-retours avec un verre pour aller chercher de l'eau dans un récipient et la ramener le plus vite possible vers une bouteille. Va s'en dire que la majorité du précieux liquide était tombé par terre avant d'arriver au goulot. Ou alors le verre arrivait bien rempli, mais on était tellement pressé de remplir que presque toute l'eau coulait à côté de la bouteille. Mais il y avait les spécialistes, ceux qui vont justement doucement, mais surement. Des pros. Nous on en était incapable.
![]()
Après, mon préféré : le casse-pot. Les ainés préparaient ça bien, en tirant une corde entre deux maisons et en y accrochant à plusieurs endroits des pots en terre dans lesquels sont emballés des trésors. On nous fait venir au milieu de la rue sous la fameuse corde, on nous bande les yeux et on nous donne un bâton avec lequel on doit taper sur le supposé pot. Sauf que, yeux bandés oblige, on se retrouve à frapper dans le vide comme une andouille, ou carrément le dos tourné à l'attraction, suscitant l'hilarité générale. Mais les adultes sont compatissants et nous re-dirigent gentiment vers l'endroit où l'on peut cogner et entendre enfin à un moment des bouts de terre cuite qui éclatent et tombent autour de nous entrainant leur précieux sésame : en général des petites voitures ou bijoux, style pochette surprise avec plein de bonbons, je n'ai qu'un vague souvenir de ce qu'on y trouvait, c'est le cassage du pot qui me plaisait.
L'attraction générale pour tous c'était la décapitation du coq. Cela semble barbare ainsi dit, mais pour beaucoup d'hommes du village, c'était le moment de montrer leur adresse et leur fierté. Le principe : un coq, qui a été abattu peu avant, est attaché tête en bas sur une corde tirée entre l'église et un café (fameux duos ces deux là, le verre de rouge et l'eau bénite!). C'est dans une pente, car chaque participant doit descendre la rue sur un vélo (qu'il a bien choisi pour freiner pile au bon moment), armé d'un bout de bâton et juste au moment de passer sous le coq, v'lan, ils lui assènent un bon coup sur la tête ce qui fait qu'au bout de plusieurs passages, il y a un dernier assaut qui fait tomber la tête par terre sous les hourras. Auparavant on aura d'abord vu le cou de la bête devenir de plus en plus réduit, et la tête ne tenir qu'à un fil, un bout de chair, tout en opposant une certaine résistance. Et pourtant certains hommes avaient carrément taillé leur bâton en faisant des encoches, ce qui le rendait redoutable pour le cou fragile de l'animal. Mais, comme quoi il n'y a pas de reconnaissance, c'est après qu'un coup magistral ait été donné et qui ait pratiquement dissocié la tête du corps, que le concurrent suivant se pointe avec un bâton tout banal et d'une seule frappe, amène la tête à terre. Il n'y a pas de justice. Les spectateurs étaient nombreux et bruyants. Nous on était à fond pour mon tonton. Le gagnant ne repartait pas avec le coq en question mais avec une autre volaille de même acabit, mais vivante celle-là. Allez comprendre.
Pendant tout ce temps des dames circulaient entre les attractions avec une belle poupée (celle qui irait si bien sur un couvre lit) et une liste de prénoms. Contre quelque menue monnaie, il fallait en choisir un et le prénom en question était dévoilé le soir, permettant à l'heureux gagnant de repartir avec la belle en question. Je ne me souviens pas de prénoms comme Soizig ou Solen, mais des Alexandra, Isabelle, Emilie. Ce sont souvent des prénoms tordus et plutôt français et littéraires qui l'emportaient. Allez comprendre.
Il y avait le même système pour deviner le poids d'un panier plein de victuailles, celui qui s'en approchait repartait avec les saucissons et conserves.
Avant la dispersion et le repas du soir, quelques danses bretonnes avec les sonneurs biniou/bombarde du coin et la fameuse ronde de la danse aux mouchoirs. On fait une ronde et une personne au milieu, un homme par exemple doit choisir une femme et ils s'agenouillent sur un mini tapis au milieu, se font une bise, puis l'homme rejoint la ronde et la femme reste au milieu pour choisir un homme et ainsi de suite. Moi j'étais petite et j'aurais bien voulu que ce soit un gars de mon age qui m'invite, mais les jeunes garçons n'étaient pas très chauds pour faire des bises et restaient au-dehors en pouffant (un peu niaiseux). Par contre des tontons, voisins etc aimaient bien inviter des enfants au milieu, ça faisait très communautaire, et nous après, eh bien on se tournait aussi vers un tonton. L'intérêt de cette danse résidait aussi dans le fait que chaque personne qui quittait le milieu et rejoignait la ronde, recevait soit un mouchoir pour les femmes, soit un paquet de tabac pour les hommes. D'où le nom : "dans ar mouchouer ha butun" danse des mouchoirs et tabac.
Le soir c'était mi-bal, mi fest-noz et le lendemain course cycliste. On y reviendra.
20:45 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bretagne


Ecrire un commentaire