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18.07.2006
une enfance en centre bretagne 39 - danses bretonnes
Danses bretonnes.
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Durant toute ma petite enfance, les danses bretonnes étaient quelque chose d'habituel, faisant partie du paysage et revenant régulièrement à l'occasion de repas, mariages, pardons, soirées de battage..Tellement banales que je ne m'étais jamais posé la question du sens, de la coutume, et encore moins des règles spécifiques, du comment danser. J'ai l'impression que tout le monde dansait pareil, une grande ronde, on y rentre quand on veut et on se tient la main en pliant le bras (pas avec le petit doigt, ça c'étaient les danses du pays vannetais, nous on connaissait la gavotte et uniquement la gavotte, même pas le Plinn dont on était pourtant proche géographiquement) et on avance en marchant presque et en appuyant bien sur un pied à un moment pour accompagner le tempo. Le rythme en a toujours été assez tranquille. Et nous, gamins, on aimait surtout se faufiler sous les bras des danseurs en se poursuivant et si le plancher de la salle était un peu ciré, on faisait carrément de longues glissades en riant. Les musiciens étaient souvent des paysans chantant du kan ha diskan (chants et répons) dont certains devenus célèbres comme les frères Morvan, ou les soeurs Goadec qui habitaient dans le secteur. 
Ce n'est que bien plus tard au lycée, au début 1970, à l'occasion du revival breton avec Stivell et les Tri Yann, qu'une fille, interne comme nous, a eu l'idée de créer un club de danses bretonnes auquel nous sommes plusieurs à nous être inscrites. Elle avait de l'énergie à revendre et ne mâchait pas ses efforts pour nous faire découvrir l'essence de la gavotte, du Plinn, ces deux danses jouées en "suite" avec au milieu un "bal" (bal Plinn ou bal Fisel) dansé en couple et censé reposer un peu les participants avant une nouvelle série encore plus dynamique. Parce que tout à coup, je m'apercevais qu'il y avait une façon de faire précise pour chaque danse et que c'était souvent très appuyé, très sauteur, et cela assez longuement d'où une débauche physique et une exténuation dont je n'avais pas connaissance lors des bals de mon enfance. C'est ainsi que j'ai pu nommer certaines danses un peu spéciales du coin, les "pach pi" et "tam kreizh" spécialité des Sœurs Goadec et leur danse du pot de fer où il fallait régulièrement tourner en arrière quand elles prononçaient cette phrase en français de leurs voix de corbeaux du Poher. Auparavant je n'avais jamais entendu parler des danses un peu "exotiques" pour nous car venant d'un pays étranger, c'est à dire le Morbihan ou la Loire Atlantique, que sont les "an dro" ou les "laridé" (c'est là qu'on faisait intervenir le petit doigt), ou alors carrément d'outre mer avec les "scottish" ou valses écossaises. ![]()
Peu à peu j'étais devenue experte et comme les festou-noz reprenaient du poil de la bête dans cette atmosphère revival, j'ai enfin pu passer des soirées du samedi soir à ma convenance. En effet jusqu'ici, c'était plutôt le désert car je n'adhérais pas, comme la plupart des filles de mon age, à la conventionnelle sortie bars puis discothèque. D'abord, je n'aimais pas boire et à l'époque quand vous demandiez une limonade c'est tout juste si tous les gars des environs ne se liguaient pas contre vous avec des blagues débiles, poussant à la consommation sinon nous étions des "chochottes" (je n'ose pas dire "tapette" parce que nous étions filles, mais c'est sûrement le sobriquet que certains hommes devaient entendre constamment, pas étonnant qu'ils se mettent aussi à boire comme les autres - et c'est ainsi que dans chaque cimetière breton il y a des tombes figurant un jeune de 19 à 25 ans, tué sur une petite route vers 5h du matin...) Et puis je n'aimais la musique style variété et disco, ni les danses qui vont avec. Le rock avait déjà fait sa percée dans mes oreilles.
Donc, quand les festou-noz nouvelle génération sont réapparus, avec plein de jeunes branchés, et des nouveaux musiciens de nos ages ayant pour noms Ar Sonerien Du, Marchand et Kemener, les frères Molard, j'y allais tous les week-ends et uniquement pour danser. Et attention pour bien danser, le vrai de vrai. J'en ai sillonné des petites routes de campagne avec copine et cousine, de Carnoët à Brasparts, en passant par Lanrivain (en plein pays Plinn) et Poullaouen, la mecque de la danse des montagnes et des sonneurs.![]()
J'aimais danser certes, m'appliquer je dirais, mais pas de cette manière puriste des "pros", qui se mettaient en général en tout début de file, et montraient comment faire les bons pas, appuyant parfois avec exagération leur rythme qui voyait les talons frapper sec sur les cuisses en poussant des Yiip et de Yop. Et c'est là qu'on comprend pourquoi il faut se tenir fermement les bras, ça aide. Essayez donc de danser très fermement avec des bras ballants
Très vite cependant, ces puristes m'ont fatigué car ils enlevaient tout le côté festif avec leur sérieux de connaisseurs, leur tristesse presque. Ils devenaient lassants, presque pathétiques. Heureusement, dans la même ronde on retrouvait les grand-mères avec leurs petits pas, tout à fait à l'aise, pas plus impressionnées que cela, discutant avec la voisine si la musique n'est pas trop forte.
Mais dans l'ensemble, le fest-noz. c'est une ouverture à tous, chacun rejoignant la ronde à n'importe quel d'endroit (pas de puriste pour nous signifier : "nous on reste entre pros") dansant à son rythme, essayant de comprendre les pas et si on ne comprend pas on suit le mouvement, en fait comme on peut, l'essentiel est d'être ensemble au son de toutes ces générations de chanteurs et sonneurs qui ne font que donner un rythme à la fête. C'est comme ça que j'y vais maintenant, à l'aise et avec grosse émotion. Comme les danses de l'enfance, banales mais ô combien vivantes
13:50 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bretagne


Commentaires
Rock et festnoz... Y sont fous ces Bretons ! ça les rend sympathiques
joli blogue que le tien, Mi
Ecrit par : sam | 18.07.2006
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