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27.07.2006
une enfance en centre bretagne 42 - ecoles rurales
Ecoles rurales
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Au départ il y avait encore une école des filles et une école des garçons, et pas du tout situées au même endroit. Dans notre village, de tendance gauche communiste (pas si fréquent en Bretagne à l'époque), c'était que du public. Dans tout le canton d'ailleurs. Il fallait aller jusqu'à Rostrenen pour trouver un collège privé (Campostal) qui faisait lever des boucliers, étant considéré comme repaire des "blancs" (les gwenn) contre les "rouges" (les Ru). Et puis bien sûr fief des "calottins" (les religieux). A l'époque c'était aussi manichéiste que cela.
De même j'ai connu les derniers vestiges sexistes comme toute l'éducation nationale l'a été jusqu'au milieu des années 60, avec encore la mention "école des filles" ou école des garçons" gravées sur le fronton. Mais très vite il a eu des garçons dans ma classe et les deux écoles se sont retrouvées plutôt écoles de niveaux avec les maternelles et les cours primaires dans l'une et les cours élémentaires et moyens dans l'autre. Avec plutôt des maîtresses dans les petites classes et des maîtres pour les grandes.
Cela voulait dire, pour certains écoliers, des kilomètres à pied, souvent en passant à travers champs. C'est ainsi que ma petite voisine, qui habitait dans la ferme un peu plus bas, traversait un verger, puis deux champs, en enjambant les clôtures, avant de passer me prendre. D'autres élèves avaient carrément deux à trois kilomètres à faire et à l'époque, pas de ramassage scolaire, ni de parent accompagnateur. C'était à pied, par tous les temps, en empruntant routes, chemins creux et parfois champs labourés, d'où le nécessité des sabots ou bottes. Plus tard, quand on était dans les grandes classes, certains parents faisaient l'effort financier d'acheter un vélo, ou alors c'est le même qui se passait dans la même fratrie. Car le vélo était à l'époque un objet de luxe pour beaucoup de familles dont le père n'était qu'ouvrier agricole. Alors autant qu'il serve longtemps
Nous, nous y sommes très longtemps allés à pied, revêtus de notre nécessaire kabig, avec un cartable qui avait été acheté sur le marché de Carhaix et qui devait durer plusieurs années. Il n'y avait pas grand chose dedans, car on faisait les devoirs à l'étude, après 16h d'où l'indispensable goûter, ces deux grosses tartines de pain de deux avec confiture.
Je n'ai pas de souvenirs de la petite école, sinon les « bons points » que l'on nous donnait si l'on était sage, avec les belles images et les comptines et rondes du style « un fermier dans son pré » ou «derrière les lilas blancs ». Par contre, rien en breton, c'était la devise républicaine qui prédominait. Plus besoin de cette mise en garde qui a été auparavant placardée dans les écoles « défense de parler breton et de cracher par terre » Ce sont en fait nos parents qui s'en chargeaient, en nous interdisant de parler la langue en question afin que l'on puisse "aller loin" comme ils disent, et pour cela acquérir les bases de la fameuse éducation laïque.
Par contre, eux, n'utilisaient que le breton avec l'entourage adulte et c'est pourquoi je comprends encore bien les conversations, tout en étant incapable de parler une phrase. La puissance orale !
Pour en revenir à l'école, j'ai surtout le souvenir de deux maîtres, un peu caricaturaux maintenant quand j'y pense, assez sévères d'apparence avec blouses grises et lunettes aux verres jaunes et la règle à la main. Mais passionnés par leur mission et qui savaient nous inculquer parfaitement tout ce qu'il fallait connaitre.
Dans une ambiance qui sentait bon le feu de bois ou charbon, car il y avait bien un poêle style Godin au milieu de la classe et chacun à son tour, nous étions chargés de le démarrer le matin et de l'entretenir (ce serait impensable désormais avec toutes les consignes de sécurité). A l'entrée, un endroit où l'on laissait nos sabots ou bottes pour entrer dans la salle en chaussons. Une classe avec tables individuelles en bois, penchées, avec écritoire qui se rabat, un trou pour l'encrier et un grand buvard pour éponger. Et des cahiers style « brouillon » avec les tables de multiplication au dos de la couverture et des protège-cahiers rouge ou bleu avec une belle étiquette à notre nom. J'étais à l'époque fascinée par tous les posters qui ornaient la salle de classe, les cartes de France bien sûr, mais surtout les illustrations de la vie sociale, la ferme, la ville, les champs, les métiers, les animaux, la vie au moyen âge etc.. J'ai revu parfois ces panneaux colorés et simplistes dans des brocantes et ils valent désormais une fortune
J'étais bonne élève, plutôt sage et timide. Toujours classée première ou deuxième. Mes matières préférées : le calcul mental, les sciences naturelles avec les sorties dans les champs pour attraper des fourmis ou grillons ou ramasser des feuilles, l'histoire sous toutes ses formes et la grammaire, avec la fameuse analyse logique. Ce que je n'aimais pas : les récitations, surtout devant toute la classe, il m'arrivait de bégayer et je perdais mes moyens. On avait droit en tout début de matinée à la morale du jour, comme quoi même en ce fief laïque, l'imprégnation chrétienne était là. Les maîtres amalgamaient cela avec l'instruction civique, pour faire plus sérieux. Et on prenait ça effectivement cela au sérieux.
La récré : un vrai bruissement dans les cours, des jeux de balles et de sauts à la corde, et des maîtres qui faisaient des allers retours sur la largeur de la cour, en marchant hyper vite. Je n'ai jamais compris pourquoi ils arpentaient aussi rapidement, quel train ils devaient prendre…alors que les maîtresses quant à elles prenaient le temps de bavarder, s'arrêter, regarder etc.. Les messieurs aussi bavardaient mais en faisant bien plus de kilomètres du fait de leur cadence.
A l'heure de midi, pour la grosse majorité des écoliers, sauf ceux qui habitaient au bourg, il y avait départ processionnaire jusqu'à la cantine sur la place de l'église, avec les meilleures frites jamais mangées, la limonade achetée à nos frais chez Yvonne, la voisine marchande d'illustrés et de sucreries (bien placée Yvonne), et parfois des bizarreries comme des épinards tout verdâtres qui restaient d'ailleurs dans les assiettes. Sinon le reste c'était comme à la maison, des pommes de terre essentiellement.
Retour souvent à pied par le chemin où des camarades bifurquaient vers telle ou telle maison ou ferme, On partait à une douzaine, on arrivait à trois ou quatre, en prenant le temps de regarder ce qui se passe dans les haies, mais pas trop quand même car il y avait parfois les fameuses deux vaches à aller chercher à la prairie.
19:15 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bretagne


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