« Des Covers | Page d'accueil | une enfance en centre bretagne 45 - catéchisme et communion »

01.08.2006

une enfance en centre bretagne 44 - la noce

La noce

5deabdaa3cea368873b24d2aad512ef2.jpg

Déjà brièvement évoquée avec les" papillons bleus".(le fameux duo, pas les insectes) C'était sans contexte un évènement dans le village et carrément tous les environs. Une fortune pour les deux familles, qui se devaient souvent d'inviter presque le plus de gens possibles et cela en faisait parfois 100 à 150, auxquels étaient servis des collations dans chaque café sur le parcours de la noce (et il y en avait des cafés !), un repas gargantuesque de 14h00 à 17h00, puis un autre repas tout aussi fourni de 20h à 23 h00 avec ensuite un bal. Et entre autres dépenses, les vêtements bien sûr, et coiffeur et tutti quanti, les corbeilles et bouquets de fleurs, le photographe qui apportait les photos de groupe déjà le soir même, la présence des deux musiciens cités plus haut etc. Je ne sais pas où les familles trouvaient l'argent, sans doute déjà des crédits comme commençaient à le faire beaucoup de paysans à l'époque. En contrepartie, il y avait la fameuse liste de mariage, la totale.. Et puis cela s'est transformé, il n'y avait plus de liste officielle mais chacun payait sa part de repas et il y avait moins de monde et le festin est devenu unique, commençant un peu plus tard. Un peu ce qui se fait maintenant.
Pour le mariage de ma sœur, qui était beaucoup plus âgée que moi, je me souviens avoir porté une belle robe blanche avec plein de tulle et une sorte de couronne avec des fleurs dans les cheveux. J'étais si fière ! Avec ma cousine nous étions chargées de tenir le voile de la mariée. Tâche que je prenais très à cœur et de ce fait j'étais toujours placée devant, à l'église, à la mairie, sur la photo. Parce que nous étions en petit, le double de nos collègues garçon et demoiselle d'honneur.
Ces deux là, aux rôles très importants, se devaient d'être en principe toujours célibataires, de la famille proche ou alors le (ou la) meilleur ami. Ils avaient du boulot, s'occupant de tout, vérifiant si tout le monde est bien placé, allant prévenir les cafetiers de l'arrivée imminente du cortège, faisant intervenir les animations telles la" jarretelle de la mariée ", ou bien faisant passer la chanson à tel ou tel convive. Car lors de ces très longs repas, beaucoup chantent à un moment ou un autre et souvent la même chanson, ce qui fait qu'après plusieurs mariages on les connait toutes. Mon oncle faisait pleurer la salle avec "du gris" et d'autres encore avec les chansons des années 30-40. C'est d'ailleurs bizarre, quand j'y repense que les chansons étaient toutes d'origine française, du genre Piaf, Lucienne Boyer ou alors des grivoiseries ou des sortes de tradition répétitive comme "ma tante avait un jardin.." (toujours interprété par mon tonton qui n'avait pas son pareil pour faire reprendre en chœur 100 personnes hurlant : " tout ça grâce à ma tante "). Et pas de chanson bretonne. Juste des danses au rythme du duo sonneur biniou/bombarde des Papillons bleus, pour lancer quelques danses entre chaque arrêt au café.
La photo de mariage était un moment mémorable, car il fallait déjà caser tout le monde et en suivant un protocole très précis. Les mariés en bas, au milieu, entourés du garçon et de la fille d'honneur, puis des deux parents de chaque famille et des plus âgées, grands parents ou personnes moins valides. Juste devant, parfois accroupis, les très jeunes enfants, au milieu de pleins de corbeilles de fleurs. A l'étage au-dessus, les oncles et tantes, ou les voisins, en tous cas plutôt matures, couples mariés ou personnes veuves, parfois avec enfants un peu plus ados, pas assez petits pour aller s'accroupir devant les mariés et pas assez grands pour aller avec les jeunes. Ces derniers occupaient le dernier étage, d'abord parce que ça leur était plus facile de monter en haut de cette estrade, et puis surtout cela signifiait qu'ils étaient encore célibataires (du moins non encore engagés). Cet étage là avait souvent la pêche et se révélait assez bruyant. Le photographe avait souvent du mal à canaliser le tout, faisant plein d'essais, ça durait me semble t'il longtemps, et toujours devant l'église (ça tombe bien il y en a dans chaque village). Le soir, chaque convive repartait déjà avec sa photo qui allait rejoindre plein d'autres car tout le monde était souvent invité en tant que vague cousin à la mode bretonne, ou voisin.
Ceux qui ne l'étaient pas demeuraient néanmoins spectateurs attentifs et actifs. Dès que les cloches sonnaient pour annoncer la sortie de la messe, il y avait un afflux de villageois à regarder, certains recevaient des bonbons ou des mouchoirs ou cigarettes. Les enfants fabriquaient des espèces de torches de foin et de fleurs qu'ils enflammaient juste au passage du cortège et les invités leur jetaient des pièces et des sucreries. Un évènement je vous dis.
L'autre grand moment bien sûr c'était le repas. Pour nous c'était beaucoup trop long et on avait vite fait de déserter les tables pour aller s'amuser dehors car les endroits de restauration avaient souvent une sorte de jardin à l'arrière. Et voici donc un menu type : melon au porto, plateau de charcuterie, langue de bœuf sauce madère, poisson en sauce blanche, rosbif avec frites, salade, fromage, gâteaux et glaces (ou les deux) plus café. Et le tout bien arrosé ce qui accélérait la chansonnette ou le discours avec tintement de verres annonciateur.. Et le soir, rebelote avec une soupe au vermicelle, du rôti de porc froid (ou chaud avec flageolets), des entremets. C'était Gargantua l'espace d'une journée. Comment ils faisaient pour tout payer, c'est encore le mystère.
Surtout que le lendemain, de nouveau des invités, cette fois à la maison, en moindre quantité certes, mais avec toujours autant à boire et à manger, plus dans le style buffet et bonne franquette, c'est le fameux " retour de noces ". Eh oui, pas de mariage sans l'after. Et il y avait toujours des convives, surtout parmi les plus jeunes qui déployaient une énergie considérable pour revigorer tout le monde, comme s'ils ne voulaient pas que cela finisse, se remémorant déjà les évènements de la veille. Ereintant un mariage à la bretonne.

Ecrire un commentaire