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07.09.2006
une enfance en centre bretagne 54 - politique
Politiques
On ne parlait pas vraiment politique à la maison. Même si l'on devinait très bien quelles étaient les opinions de notre famille. Ce n'était guère un secret de polichinelle. D'abord on les entendait proférer envers les hommes de droite ces jurons extrêmes qui sont en général réservés au bétail. Et les insultes devenaient encore plus fortes quand il s'agissait d'hommes de droite bretons, les traitres. (et malheureusement il y en avait plein) Ainsi Raymond Marcellin se faisait régulièrement traiter de "Loen breign" (bête pourrie) et le Morbihan qui votait majoritairement à droite dès le 1er tour était un département honni. Le Finistère, bien que globalement de droite lui aussi, était plus pardonné car on y voyait une magouille du gouvernement, de Marcellin entre autres – après tout il était ministre de l'intérieur-, qui avait créé une circonscription bidon en rattachant au pays de Carhaix (très centre Bretagne) les îles du Ponant (Sein, Ouessant). Qu'est ce ces îliens très gaullistes avaient donc à faire avec Carhaix, sinon faire chuter la proportion de votes de gauche. Il aurait paru plus réaliste de les rattacher au Léon ou au Pays Bigouden, mais ces régions là étaient déjà à droite et plutôt curé, des blancs quoi. "Loen breign !", comme ils disaient.
L'Ille et Vilaine, quant à elle, était carrément trop loin, et ce n'était d'ailleurs presque plus la Bretagne, ils ne parlaient que français ou un patois paysan n'ayant rien à voir avec le breton. Et puis c'était trop près de Paris.
Alors que nous, nous étions dans le 22, les Côtes du Nord à l'époque, le seul département de Bretagne de l'opposition et même dans la circonscription de Guingamp, nous avons été fiers d'élire en 1978 un député communiste : F Leizour. Les verres duralex ont trinqué ce jour là et pas du Père Benoit, cette fois, non, du vrai mousseux. On était ravi d'avoir contribué à élire un communiste, alors que dans la circonscription d'à coté (Loudéac) c'était encore une gaulliste, toujours la même, "la Dienesch" et une femme en plus.
C'est que tous mes parents avaient le cœur penchant fortement vers le parti à la faucille et au marteau. Un oncle animait la cellule du village, un autre remplissait des fonctions syndicales cégétistes, quant à mon grand-oncle, il ne jurait carrément que par Maurice Thorez et Lenine. Un peu Jacques Duclos aussi et parfois même Staline, ce quoi donnera lieu à des dialogues de sourds quand, une fois adolescente, j'aurais découvert le trotskisme.
Mes parents ne nous disaient jamais pour qui ils avaient voté, c'était top secret, l'isoloir c'est l'isoloir. Mais c'était finalement assez facile de savoir. Il suffisait de les titiller en leur disant qu'ils avaient surement choisi untel (que bien sur on devinait qu'ils n'appréciaient pas) pour entendre un : "oh gast ! çui-là sûrement pas alors, mallozh doue" ! Et ainsi par déduction, on connaissait le choix. (Mais en fait on le connaissait depuis toujours). Tous les gens de la commune prenaient le vote très au sérieux. Ils y allaient en habits du dimanche, les femmes plutôt l'après midi, car cela laissait présager un café/crêpes et les hommes plutôt le matin avec un petit coup de blanc à suivre. Et le soir tout le monde se retrouvait dans la mairie pour le comptage des voix. Un vrai esprit civique.
Par contre, dans ce coin de centre bretagne très bretonnant, les idées indépendantistes n'ont jamais percé, et le FLB/ARB a sûrement dû faire leur connerie du siècle en allant plastiquer l'émetteur télé de Roch Tredudon en 1974. (entendant ainsi dénoncer l'absence de la langue et de la culture bretonnes à la télévision française) Le geste n'a pas été apprécié par ici, privant plein de gens parfois isolés de la seule source d'information et de loisirs, et ce pendant plusieurs semaines d'hiver. Cela a un peu prouvé que l'on peut quand même vivre sans télé, et d'ailleurs certaines soirées, genre veillées avaient refait leur apparition, avec jeux de cartes à l'appui, mais ça restait anecdotique, car malheureusement l'entrée dans l'ère de l'individualisme, avec voitures personnelles, télé et tables en formica, était déjà fortement engagée. D'ailleurs le premier geste de plein de foyers bien placés (cad situés en hauteur) était d'orienter l'antenne râteau vers un émetteur du Morbihan pour à nouveau capter les images, même moins nettes. Nous étions dans ce cas et mon frère avait réussi cette opération et c'est ainsi que des voisins sont venus voir à la maison le "palmarès des chansons", un peu comme avant, et en ce sens, le FLB était parvenu à réunir les gens, mais pas de la façon qu'il avait prévu, car c'était une réunion autour de la télé française.
09:50 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bretagne, politique
Commentaires
PEUT ETRE QUE TON ANTENNE NE FONCTIONNE PAS BIEN DEPUIS CETTE ANECDOCTE CAR LA PLANETE ENTIERE SAIT QUE LE PLASTIQUAGE DE CE RELAIS A ETE PREPARE PAR LES SERVICES FRANCAIS POUR JETER L APPROBE SUR LES NATIONALISTES BRETONS ET UN POLICIER DE PARIS S OCCUPANT DU DOSSIER A L EPOQUE EN A TEMOIGNE DONC FAUDRAIT CONTROLER TON SYSTEME ELECTRIQUE SALUTATION
Ecrit par : BULEON | 10.11.2007

