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09.09.2006
une enfance en centre bretagne 55 - toilette
Toilette
Nous n'avons jamais eu de salle de bains, pas même une douche. A ce propos c'était d'ailleurs le dernier projet d'aménagement de la maison peu avant le décès de ma mère : installer une douche dans la lochenn.
En fait l'eau courante elle-même est parvenue tardivement et auparavant il fallait aller chercher de l'eau au puits. Cela va sans dire que nos ablutions étaient plutôt minimales, surtout en hiver. On fonctionnait avec des seaux et cuvettes, réservés à ce seul usage. Et le gant de toilette, atout majeur de notre propreté en tandem avec l'inévitable gros savon de Marseille. Le même savon que l'on utilisait pour la lessive au lavoir. Avec une odeur qui oscillait entre celle du propre/naturel et celle du récurage tous azimuts. Sans réel parfum, du moins c'est ce qu'on ressentait à l'époque, et laissant la peau assez rêche.
Mais sont arrivés par la suite les savonnettes spécial toilette, en couleur rose ou bleue, parfois vertes, dont les fameuses Lux (celui des stars) et Cadum (avec un beau bébé tout pimpant dessus). Les indispensables, avec une vraie odeur de frais et non pas de celle qui aurait fait tremper du linge avant de venir à l'école. Mais celui qu'on utilisait le plus c'était le monsavon, finalement une bonne transition entre le gros savon carré brut et les savonnettes à la modePour les shampoings (du gros "Dop" essentiellement, aux œufs), c'était toute une intendance. Au-dessus de l'évier, une cuvette pour tremper les cheveux et rincer la première mousse et une autre, versée régulièrement par ma mère ou mon frère, pour le rinçage final. Cela donnait lieu à plein de cris aigus car c'était généralement ou bien trop chaud, ou bien trop froid. Et pour terminer, il y avait plein d'eau autour de l'évier et sur nos habits, même en prenant les précautions d'usage.
Et c'était encore pire quand on se décidait à faire la toilette de fond, nus dans des grands baquets en plastique vert (les mêmes qui servaient pour le linge et aussi pour la nourriture du bétail, mais là c'était un autre quand même – on avait peu de moyens, mais le propre c'est le propre). Il fallait faire chauffer de l'eau pour cet usage, beaucoup d'eau (en hiver le faitout se trouvait prêt à l'emploi en permanence sur la cuisinière, à coté de la grosse cafetière jaune), et mettre des tas de serviettes autour du récipient en question, car on éclaboussait facilement (ça "strippait" partout, comme nous le disions dans la langue courante. Je ne sais pas d'où vient ce mot, mélange breton-français ? mais c'est un de ceux qui me sont restés, même maintenant, avec d'autres comme "coaquer" – pour cabosser ou écraser- et " faire du berc'h avec" –pour dire qu'on fait beaucoup d'histoires avec tel ou tel événement- et sans compter les jurons du style "gast" ou "doue" naturellement).
Ensuite est venue l'eau courante, mais uniquement froide au départ, d'où la poursuite des contorsions sous l'évier pour se laver les cheveux à l'eau tiède.
A l'occasion de l'installation de WC sous l'escalier, avec porte privative, il a été rajouté un mini lavabo dans un coin. La superficie de l'ensemble était si réduite que l'on se cognait partout si on voulait s'y laver les pieds et il n'y avait toujours pas suffisamment de hauteur sous l'arrivée d'eau pour se faire un shampoing digne de ce nom. Mais cette commodité est parvenue au moment où nous entrions dans l'adolescence avec la nécessité d'un peu d'intimité.
Le brossage des dents n'a jamais été considéré comme une priorité à la maison, pas étonnant que j'aie dû consulter le dentiste dès le plus jeune age. (Et il faut dire que la consommation de sucre blanc en morceaux en lisant des illustrés n'a pas contribué à arranger les choses.)
Dans l'armoire de toilette il y avait donc quelques brosses à dents et un vague dentifrice signal dont les rayures blanches et rouges nous fascinaient, des savons, un nécessaire à rasage pour mon père, constitué d'un blaireau avec une crème en pot et un rasoir Gillette argenté aux lames carrées et toujours une brosse bombe de laque Elnett, dorée, pour ma mère et de la brillantine pour mon père. Un peu d'eau de Cologne (du "senbon" comme on disait), quelques cotons tiges et un gros paquet de "ouate", un coupe ongle, des brosses à cheveux et un peigne (avec toujours plein de cheveux dedans) et c'était tout. Mais suffisant.![]()
En fin de compte, ce qui m'a manqué dans le fait de ne pas avoir de salle de bains, ce n'est pas tant la douche (même si maintenant j'aurais du mal à m'en passer), que l'odeur bien spécifique d'une salle de bains, ce mélange de savons, gels et shampoings avec de l'eau chaude et d'autres produits parfumés qui font dire : ça sent le propre.
14:35 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bretagne, mode de vie


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