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26.10.2006

Route du Rhum, grandeurs et dérives

Route du Rhum, grandeurs et dérives de départ
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J'ai la chance de travailler à St Malo, non loin de la cité qui accueille en ce moment une manifestation qu'il est pratiquement impossible d'ignorer. Depuis des semaines, les panneaux publicitaires s'ornent de la photo d'un trimaran voguant en pleine mer, le Ouest France local en fait quatre à six pages départementale tous les jours et les véhicules se pressent aux abords de la ville, remplissant la moindre place de parking et se mettant même n'importe où. La route du Rhum, je ne me souvenais plus qu'elle attirait autant de monde. Une marée humaine comme ils disent. Et malheureusement pour une bonne partie une marée de consommation.
C'est vrai que la vue de ces géants des mers dans le bassin Vauban, toutes ces couleurs devant les remparts, drapeaux flottants au vent, a un certain cachet. Et on ne peut que demeurer béats devant ces skippers qui vont affronter seuls les ardeurs océanes. Surtout lorsque l'on voit la grandeur des coques et des mâts en question.
Mais dorénavant le sponsoring a aussi envahi les quais, dans des village de foire expo, avec des stands où l'on peut se servir en ce que l'on veut, ce qui est rendu disponible c'est à dire presque tout. Pas la peine d'apporter un sandwich à l'heure de midi. Sur un stand nous est offert un gobelet de soupe Liebig chaude, puis sur un autre un steak de soja à l'indienne de chez Sojasun, en passant par une banane et un chocolat d'une marque parrainant un bateau. Sans oublier les vendeurs du "Télégramme"et de "Ouest France" qui nous incitent lourdement à acheter leurs offres du siècle, journal + poster + casquette + boite de sardine etc..le lot à 3 euros seulement!
Que les sponsors qui versent des sommes considérables se fassent connaitre, je comprends, mais il m'a semblé voir se dessiner une dérive, une conséquence au niveau du public assez décevante. Ainsi les gens se précipitent vers tout ce qui traine, remplissant les sacs plastiques de posters, autocollants, cartes et se bousculant pour attraper des échantillons de crêpes Whaou ou de mini Brossard, s'énervant même quand on leur dit qu'il ne reste plus de pizza sodebo chaude. Cette frénésie mercantile, "je prends tout ce qui bouge" en choisissant si possible les stands qui prodiguent cadeaux en tous genres et évitant les sponsors style "lutte contre la spondylarthrite", m'a un peu terni l'évènement. Trop c'est trop.
Heureusement, en allant au boulot le matin vers 7h30, je passe par les quais sous les remparts pour découvrir une vision féérique d'une soixantaine de mats éclairés, juste quelques techniciens affairés pour les derniers préparatifs, les villages-expo fermés et le bruit des drapeaux mêlé à celui des vagues et de quelques exclamations de skippers fatigués. Là c'est magique, là c'est l'attente, le regard tourné vers les écluses, vers le large. Alors bon vent.

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