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31.01.2007
back in Kreiz Breizh again
J’ai toujours eu une attirance pour les Monts d’Arrée et leur atmosphère un peu désolée, un peu bout du monde, avec quelques schistes qui s’accrochent dans une lumière fantomatique, histoire de rappeler qu’autrefois ils étaient aussi eux aussi des montagnes, des Menez.
Mais je n’y suis bizarrement pas souvent allée. Tout juste traversé pour aller de Carhaix à Brest ou de Huelgoat à Morlaix, avec chaque fois des « ah » d’admiration devant ces paysages fiers et abrupts laissent passer les modes avec une constance remarquable.
Dans le coin, nous étions plutôt « Montagnes noires », Spezet, Chateauneuf du Faou, la source Isabelle, le château de Trevarez et les forêts de conifères qui devaient nous rappeler les vraies montagnes, celles des images de Savoie sur les calendriers.
Plus tard, j’y suis pourtant régulièrement allée dans les Monts d’Arrée, mais c’était le soir, pour des festou-noz authentiques, là où se dansait la vraie gavotte des Montagnes. Brasparts, cette porte des Menez, dont le seul nom déjà fait frisson.
Donc, un vendredi de janvier, un ciel qui hésite entre neige fondue et pluie grisailleuse, mais choisit néanmoins une clarté constante. Ce qui nous a permis de profiter de ces étendues qui ne sont pas sans parfois rappeler les films de Gus Van Sant.
Un vendredi de janvier, désert. Et on a choisi nos petite routes, la D769 qui quitte Morlaix en direction d’Huelgoat, longeant la rivière jusqu’à la bifurcation vers Ploneour-lanvern en passant par un mini village avec une ruine d’abbaye : Le Relecq (Pas celui de Kerhuon, mais le Relecq tout seul). Un village de nulle part, une route peu fréquentée, quelques maisons grises et c’est déjà fini. Comme une hallucination, mais il laisse quelque chose. Puis Ploneour-Menez qui se targue d’être le centre de la Montagne. Bien placée au croisement de plusieurs grandes voies (enfin grandes voies est-ce qu’on peut vraiment dire cela en plein Monts d’Arrée ?). Là aussi c’est désert, à part un Crédit Agricole, (y’en a partout) une supérette et quelques bars). La route qui y mène est magnifique, on a envie de s’arrêter partout mais c’est plutôt sinueux. Il y a de l’ocre des collines rasées, du brun des schistes et le vert des champs. Avec une impression d’humidité, des arbres nus qui pleurent leur feuillage et semblent attendre des jours meilleurs, des feuilles mortes à moitié pourries qui se mélangent à l’herbe grasse et collent aux chaussures. Une suspension dans le temps. Mais c’est fort, très fort.
Puis vient le passage des Roc’h : Roc’h Tredudon et son fameux émetteur TV, Roc’h trevezel, le sommet de Bretagne, qui se présente comme un amas de rochers acérées que l’on va voir en quelques minutes du parking. Mais c’est vrai qu’on est déjà haut : on domine ce fameux "yeun ellez", le lac artificiel créé pour la centrale nucléaire de Brennilis et qui recouvrirait en fait l’entrée de l’enfer. Ça m’a toujours fait marrer qu’EDF décide d’installer ses centrales nucléaires à Brennilis, porte de l’enfer des terres et à Plogoff, porte de l’enfer de la mer. Incroyable quand même ! Mais ce jour-là, entre les nuages très noirs s’amoncelant de Brest et le sol aride qui descend de la montagne St Michel de Brasparts vers le lac de Brennilis, il y avait comme un feeling de colorado. Et une route à la Gus Van Sant.
On avait décidé de contourner le fameux Mont St Michel, mont pelé avec sa chapelle solitaire, pour aller faire un tour à St Rivoal. Voilà un village où on dirait que le temps s’est arrêté. Même les enfants de l’école qui apprenaient à faire du vélo sur la place avec des gendarmes locaux semblaient sortis d’un ancien album scolaire. (si ça se trouve ces petits gars se ruent sur la D S lite arrivés chez eux).
Des maisons de pierre et ardoises basses, des collines verdoyantes alternant avec des monts désolés, des routes qui nous emmènent on ne sait où : une enclave magique. J’avais déjà ce souvenir il y a longtemps. Il est resté intact.
Et l’arrêt à Brasparts, temple régional avec ses pubs déserts, le tenancier qui nous sert une Coreff ou une Hermine (bières bretonnes qui n’ont pas grand chose à envier à leurs cousines anglo-saxonnes) en lisant le programme de foot du week-end avec les rencontres de division d’honneur, Brasparts contre le Faou. Et le pilier de bar du coin, casquette vissée sur la tête, qui égrène le temps avec des « bon, ben, voilà, c’est comme ça » et qui sort en disant un "ar wec’h all" (à bientôt) qui nous rappelle qu’on est bien au cœur de l’authentique, là où j’allais danser les gavottes des montagnes l’hiver. Et même qu’on rencontrait des chouettes et des renards en rentrant, et pourquoi pas des « blanches hermines ».
22:50 Publié dans Bretagne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bretagne, balade
Commentaires
un blog fort intéressant
merci et bonne soirée
Ecrit par : bernard | 31.01.2007
Je n'étais pas passé chez vous depuis des lustres... toujours aussi intéressant!
Ces émotions dans la traversée du Yeun ellez, je les connais et les partage.
Bonne continuation... ar vec'h all!
Ecrit par : Gradlon | 16.02.2007

