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20.08.2008

Une enfance en centre bretagne 71 - les loches 2

La loche aux lapins
Elle a toujours été appelée ainsi même longtemps après que les mammifères en question aient cessé d'occuper cette petite remise de 6 m sur 2 située sur l'arrière de la maison, vers le nord. On aurait pu tout autant la surnommer "loche aux pommes de terre", ou "loche à l'écrémeuse" ou alors "loche aux poules" et cette dernière dénomination aurait correspondu plus à la réalité vu que les quelques gallinacées rousses auront été les dernières occupantes de l'endroit. Ah, j'oubliais "loche au bois de chauffage" ou encore mieux "loche aux fagots".
C'était, comme on peut le deviner au travers de tous ces sobriquets, une dépendance active. On y allait souvent, soit pour chercher des pommes de terre ou betteraves, soit pour rentrer les poules.
Mais honneur aux fondateurs du surnom : les fameux lapins en question. C'est donc là que se trouvaient les clapiers. J'ai nommé quatre ou six (je ne rappelle plus) espèces de grosses cages en bois, insérées dans une sorte d'entourage en bois aussi, puis ensuite ce fut un clapier tout moderne en espèce de béton. (le format "cages à lapins" comme on dit).
Le sort des animaux en question n'était guère enviable, à savoir finir en roti avec pommes de terre et échalottes et parfois ajout de muscadet et champignons. (on avait toujours plein de boites de champignons pour ce genre d'usage).
Mais auparavant, nous étions chargés de les nourrir, voire parfois d'enlever le fumier pour remettre de la bonne paille. Nous avions fini par connaitre les herbes et plantes sauvages qu'ils préféraient, dont certaines variétés de pissenlit. Mais ce genre d'alimentation était presque devenu un luxe que nous leur prodiguions avec notre énergie d'enfants ruraux. Le commun du repas c'était quand même des espèces de granulés, parvenant en gros sacs de papier kraft. Nous aimions beaucoup ces lapins, surtout dans les périodes où ils se constituaient un petit nid au fond de la cage, confectionné de poils duveteux planqués sous la paille et qu'un jour il y avait plein de petites boules vivantes, glabres au départ et qui devenaient rapidement d'adorables petits lapins de cartes postales, courant partout, gris, roux ou noirs et blancs aux dents remuant en permanence. Avant cette période de naissance il y avait bien sûr l'introduction d'un gros mâle dans une cage avec une lapine et là, l'adage commun se révèle exact, c'était du rapide et du direct. ça nous a toujours impressionné. Ce qui nous impressionnait encore plus c'était leur fin de vie, et la façon tellement facile qu'avait notre mère d'enlever toute la peau de la bête (accrochée à la barrière du jardin) comme un gant (et une autre façon toute aussi facile de donner un coup de baton sur leur cou, mais ça j'ai jamais voulu voir). Les plats de lapin étaient monnaie courante (rôti, ragout, civet) puis ils se sont raréfiées au fur à mesure que la population des clapiers diminuait, car cela demeurait de l'entretien jusqu'à ce que les cages demeurent un jour désespéremment vides. ça faisait drôle quand même.. Et pourtant c'est demeuré la" loche aux lapins."
Il y avait donc aussi un endroit sombre, ne recevant jamais la lumière, où étaient entreposées plein de pommes de terre, des kilos et des kilos, recouvertes de jute, et également des rutabagas (surtout quand on avait des cochons). Ce qui montre tout de suite quel était la base de l'alimentaion. La pomme de terre.
Le beurre n'était pas loin non plus, car c'est bien dans cette loche qu'était fixée la fameuse écrémeuse, servant à diviser la crème du lait, avec cette manivelle que nous avons souvent tournée et tous ces filtres ensuite qui étaient lavés à grande eaux et qui sentaient cette odeur particulière, limite ecoeurante de lait tiéde. Elle s'est retrouvée bien seule aussi l'écrémeuse quand ce sont les camions d'Unicopa qui sont venus chercher les gros bidons de lait et que le beurre était devenu des plaquettes "even" ou du "paysan breton " de chez leclerc.
Ce fut aussi un endroit où entreposer du bois, surtout des fagots confectionnés avec l'élagage des haies du coin ou le ramassage des branches mortes sur les chemins.
Et puis les fidèles des fidèles, qui ont toujours occupé un coin de cette loche, le même coin d'ailleurs, ce furent les quelques poules pondeuses et les éventuels coqs nains qui hurlaient à tout-tête le matin et qui donnaient envie de leur donner un bon coup de pied. Les poules étaient tranquilles attendant juste que l'on enlève le loquet de la loche (en raison des éventuels renards et chiens errants pas vraiment pour d'autres raisons de sécurité) le matin pour s'ébrouer bruyammant, et vaquant à leurs occupations de poules, toujours dans les parages, comme une partie du paysage et repartant en soirée reprendre seules et tranquillement le chemin de cette loche. Je me souviens que lorsque nous étions chargés d'aller vérifier la fermeture le soir et que nous jettions un regard vers les espèces de vielles barriques et de cageots en tous genre qui leur servaient de perchoir, nous avions leurs regards et gloussements légers qui semblaient dire : "ne nous dérangez pas."
Cela aurait donc pu et dû s'appeler "loche aux poules" ou "poulailler" mais le nom de poulailler était réservé aux vrais de vrais,les trois que nous avons eus et qui contenaient des centaines, voire des milliers de poules, élevées pour leurs oeufs, une activité qui nous a permis de vivre pendant longtemps, jusqu'à l'accident de mon père. Et puis les poules n'ont pas été les premières occupantes de la loche. Elles sont venues en petit nombre pour une consommation familiale d'oeufs quand justement les grands poulaillers ont dû fermer
C'était et ça restera donc la "loche aux lapins."

Commentaires

je vous invite à lire quelques poésies sur la bretagne?

loic le meur

http://loic-le-meur.over-blog.com/

Ecrit par : loic | 29.08.2008

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