22.04.2006
Une enfance en Bretagne 11 - les loches
Je me souviens des noms que l’on donnait aux appentis, dépendances et autres bâtiments de fermes. Tout tournait en fait autour du mot breton « lochenn » (prononcer « loche »), ethymologiquement cabane, bicoque. La loche, c’était donc une autre partie de la maison qui se définissait par son utilité.
Ainsi il y avait la « loche à cidre », car on y entreposait auparavant les barriques de cidres où on venait remplir des bouteilles d’un liquide un peu âcre, en breton « trenk » . Il y avait aussi les bouteilles plus nobles de cidre déjà bouchées et plein de bouchons traînant partout. La pièce était sombre, sans réelle fenêtre, plutôt une ouverture sur le champ voisin, avec des vitres cassées où finissaient par s’engouffrer les ronces. Peu à peu, le cidre a disparu des habitudes au fur et à mesure que la coutume était remplacée par la modernité, mais la loche a continué à servir de réserve à conserves, essentiellement poires, betteraves et haricots beurre.
Juste à côté, la « loche aux lapins », appelée encore ainsi même après que les lapins en question aient disparu du paysage. En fait, j’y ai souvent vu plus de poules que de lapins. Pourquoi alors ne pas l’avoir appelé poulailler, ou bien laiterie-car c’était aussi l’endroit où on écrémait le lait, ou bûcher-car c’était l’endroit où on entreposait les fagots et bûches, ou réserve de pommes de terre. Bref, elle a servi à plein de choses, mais pour moi ça reste la « loche aux lapins ». Et des lapins il y en a eu, plusieirs clapiers avec des boules de poils gris cachés sous de la paille, et à qui on aimait donner à manger, les fameux granulés chimiques ou les super feuilles de pissenlit ou « cohlmoc’h » (des plantes sauvages de bord de chemin très prisées par ces rongeurs).
(à poursuivre…)
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