03.09.2008

fest-noz again

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Pour en revenir au fest-noz, j'en ai écumé des dizaines et des dizaines depuis mon enfance, d'abord parce que c'était la façon habituelle pour toute réunion, anniversaire, battage, pardon...de s'achever. Dans une salle communale sans déco, juste une estrade et deux micros suffisaient car c'était toujours le règne des duos chanteurs avec "kan ha diskan" (chants et répons, que la voix et les pieds qui martèlent) ou sonneurs avec "bombarde biniou". Parfois un peu plus de deux, notamment les sœurs Goadec et frères Morvan, mais ils étaient l'exception.
Minimaliste donc, mais efficace et suffisant pour faire danser tout le monde sur les mêmes danses, réduites en fait au nombre de deux ou trois dans ce Centre Bretagne, à savoir la gavotte, le plinn et le fisel. On pouvait rentrer à tout moment dans la ronde, on n'était pas largué. De toutes façons, à l'époque il n'y avait aucun jugement à propos de ceux qui savent faire et les autres. L'important c'était d'être ensemble. Les pas venaient assez facilement, c'était d'ailleurs toujours les mêmes : gavotte (et sa variante fisel plus hard) et plinn (fatigant aussi celui-là), et un peu de pach-pi et la fameuse danse du "pot au fer" immortalisée par les sœurs Goadec où il fallait" tourner en arrière" ce qui faisait naitre un fou rire systématique général.
76ff5cf1fa4b6dcb0ffd8af6323a1e7a.jpgPuis le revival celtique des années 70 nous a fait entrevoir d'autres sonorités, des groupes avec batterie et guitares électriques, des harpes celtiques, des danses d'autres nations, Irlande et Ecosse, mais aussi d'autres pays locaux, notamment vannetais avec les an-dro, hanter dro, laridé et plein d'autres où il fallait se tenir par le petit doigt. Avec le plinn et la gavotte, on ne se servait jamais des petits doigts, mais des bras, bien serrés. Et pourtant quand on discute danse bretonne avec des personnes qui ne connaissent pas grand chose, elles évoquent irrémédiablement les petits doigts. ça fait plus fun, on dirait.
Ceci étant, j'ai beaucoup aimé apprendre les autres danses, et cela apportait une variété dans les festou-noz d'adolescence qui remplaçaient pour nous les bals ringards ou les discothèques. Je suis devenue experte en plein de pas différents, an-dro et laridé donc mais aussi le Kost ar Ch'oat, Dérobée de Guingamp, et j'ai découvert les duos, valses scottish, polka etc..
46c684d792409ff84f806469d33b07cf.jpgMais en même temps, comme on écumait surtout la région située entre Chateauneuf du Faou et Brasparts d'un côté (le pays de la gavotte des montagnes) et Kergrist Moëlou et Lanrivain de l'autre côté, (le pays du Plinn), et que les gens du village venaient toujours en nombre, tous âges confondus, eh bien c'est encore et surtout ces deux danses que l'on retrouvait le plus. En outre, malgré l'essor des groupes multi-instrumentistes, ce sont essentiellement les duos qui animaient les soirées. Ainsi sur les affiches on pouvait toujours lire des annonces telles "Grand Fest-noz de l'Amicale laique de Carnoêt" avec Marchand-Kemener (mes préférés de tous temps avant qu'ils ne vaquent à d'autres projets), Jegou-Le Bars, Pedron-Le Guillou, toujours des duos, soit sonneurs, soit chanteurs et plutôt locaux, gars du village se produisant de temps en temps avec son compère, amateurs. Tels ceux-ci, par exemple (sur un air plinn)


Pourquoi en fait je parle autant de fest-noz aujourd'hui ?
C'est parce que samedi dernier, j'étais un peu par hasard à celui de St Enogat, à Dinard. Un fest-noz que j'aurais eu tendance facilement à qualifier de "manifestation à touristes", dans une zone qui n'a jamais été coutumière du fait, avec des groupes (ici pas de kan ha diskan, ni de simples sonneurs) qui essaient de brasser très large, en faisant une panoplie de danses très étendue - pour un peu, ça pourrait presque se poursuivre en chants de marins....
Il n'y a pas longtemps, je me serais drapée dans une sorte d'intégrisme du genre "moi je viens d'un vrai coin où la danse est une tradition, na !". Mais j'ai suffisamment dénoncé les ayatollahs des festou-noz, ceux qui montrent qu'ils connaissent le vrai pas, qu'ils différencient le passepied du Haut Léon de celui du Bas Léon et le démontrent de manière trop dogmatique, sérieuse, ne souriant pratiquement pas, et bref, cette nuit-là, je suis rentrée dans les danses, certains pas que je ne connaissais pas, d'autres que j'avais oublié mais qui revenaient assez rapidement, avec des gens qui rentraient aussi, attirés par l'aspect festif, et c'est bien cet aspect qui présidait aux tous premiers festou-noz, et ce qui m'est resté, c'est la convivialité, c'est le "tous ensemble".
Et c'est le simple, comme cela se faisait par exemple dans la salle communale de Spezet dans les années 70.

fest-noz à Spezet

20.08.2008

Une enfance en centre bretagne 71 - les loches 2

La loche aux lapins
Elle a toujours été appelée ainsi même longtemps après que les mammifères en question aient cessé d'occuper cette petite remise de 6 m sur 2 située sur l'arrière de la maison, vers le nord. On aurait pu tout autant la surnommer "loche aux pommes de terre", ou "loche à l'écrémeuse" ou alors "loche aux poules" et cette dernière dénomination aurait correspondu plus à la réalité vu que les quelques gallinacées rousses auront été les dernières occupantes de l'endroit. Ah, j'oubliais "loche au bois de chauffage" ou encore mieux "loche aux fagots".
C'était, comme on peut le deviner au travers de tous ces sobriquets, une dépendance active. On y allait souvent, soit pour chercher des pommes de terre ou betteraves, soit pour rentrer les poules.
Mais honneur aux fondateurs du surnom : les fameux lapins en question. C'est donc là que se trouvaient les clapiers. J'ai nommé quatre ou six (je ne rappelle plus) espèces de grosses cages en bois, insérées dans une sorte d'entourage en bois aussi, puis ensuite ce fut un clapier tout moderne en espèce de béton. (le format "cages à lapins" comme on dit).
Le sort des animaux en question n'était guère enviable, à savoir finir en roti avec pommes de terre et échalottes et parfois ajout de muscadet et champignons. (on avait toujours plein de boites de champignons pour ce genre d'usage).
Mais auparavant, nous étions chargés de les nourrir, voire parfois d'enlever le fumier pour remettre de la bonne paille. Nous avions fini par connaitre les herbes et plantes sauvages qu'ils préféraient, dont certaines variétés de pissenlit. Mais ce genre d'alimentation était presque devenu un luxe que nous leur prodiguions avec notre énergie d'enfants ruraux. Le commun du repas c'était quand même des espèces de granulés, parvenant en gros sacs de papier kraft. Nous aimions beaucoup ces lapins, surtout dans les périodes où ils se constituaient un petit nid au fond de la cage, confectionné de poils duveteux planqués sous la paille et qu'un jour il y avait plein de petites boules vivantes, glabres au départ et qui devenaient rapidement d'adorables petits lapins de cartes postales, courant partout, gris, roux ou noirs et blancs aux dents remuant en permanence. Avant cette période de naissance il y avait bien sûr l'introduction d'un gros mâle dans une cage avec une lapine et là, l'adage commun se révèle exact, c'était du rapide et du direct. ça nous a toujours impressionné. Ce qui nous impressionnait encore plus c'était leur fin de vie, et la façon tellement facile qu'avait notre mère d'enlever toute la peau de la bête (accrochée à la barrière du jardin) comme un gant (et une autre façon toute aussi facile de donner un coup de baton sur leur cou, mais ça j'ai jamais voulu voir). Les plats de lapin étaient monnaie courante (rôti, ragout, civet) puis ils se sont raréfiées au fur à mesure que la population des clapiers diminuait, car cela demeurait de l'entretien jusqu'à ce que les cages demeurent un jour désespéremment vides. ça faisait drôle quand même.. Et pourtant c'est demeuré la" loche aux lapins."
Il y avait donc aussi un endroit sombre, ne recevant jamais la lumière, où étaient entreposées plein de pommes de terre, des kilos et des kilos, recouvertes de jute, et également des rutabagas (surtout quand on avait des cochons). Ce qui montre tout de suite quel était la base de l'alimentaion. La pomme de terre.
Le beurre n'était pas loin non plus, car c'est bien dans cette loche qu'était fixée la fameuse écrémeuse, servant à diviser la crème du lait, avec cette manivelle que nous avons souvent tournée et tous ces filtres ensuite qui étaient lavés à grande eaux et qui sentaient cette odeur particulière, limite ecoeurante de lait tiéde. Elle s'est retrouvée bien seule aussi l'écrémeuse quand ce sont les camions d'Unicopa qui sont venus chercher les gros bidons de lait et que le beurre était devenu des plaquettes "even" ou du "paysan breton " de chez leclerc.
Ce fut aussi un endroit où entreposer du bois, surtout des fagots confectionnés avec l'élagage des haies du coin ou le ramassage des branches mortes sur les chemins.
Et puis les fidèles des fidèles, qui ont toujours occupé un coin de cette loche, le même coin d'ailleurs, ce furent les quelques poules pondeuses et les éventuels coqs nains qui hurlaient à tout-tête le matin et qui donnaient envie de leur donner un bon coup de pied. Les poules étaient tranquilles attendant juste que l'on enlève le loquet de la loche (en raison des éventuels renards et chiens errants pas vraiment pour d'autres raisons de sécurité) le matin pour s'ébrouer bruyammant, et vaquant à leurs occupations de poules, toujours dans les parages, comme une partie du paysage et repartant en soirée reprendre seules et tranquillement le chemin de cette loche. Je me souviens que lorsque nous étions chargés d'aller vérifier la fermeture le soir et que nous jettions un regard vers les espèces de vielles barriques et de cageots en tous genre qui leur servaient de perchoir, nous avions leurs regards et gloussements légers qui semblaient dire : "ne nous dérangez pas."
Cela aurait donc pu et dû s'appeler "loche aux poules" ou "poulailler" mais le nom de poulailler était réservé aux vrais de vrais,les trois que nous avons eus et qui contenaient des centaines, voire des milliers de poules, élevées pour leurs oeufs, une activité qui nous a permis de vivre pendant longtemps, jusqu'à l'accident de mon père. Et puis les poules n'ont pas été les premières occupantes de la loche. Elles sont venues en petit nombre pour une consommation familiale d'oeufs quand justement les grands poulaillers ont dû fermer
C'était et ça restera donc la "loche aux lapins."

11.08.2008

une enfance en centre Bretagne 70 - les loches 1

La loche au cidre
"Loche" ? C'est quoi au juste ? Non non, il ne s'agit pas de la variété de poisson connue sous ce sobriquet. C'est la prononciation éludée de la "lochenn", (ou "loch "dans la région de lannion) terme breton pour tout ce qui est cabane, dépendance, hangar, remise, garage etc...terme tès générique qui voulait et qui veut encore tout dire. Comme d'habitude, la langue trouvait là une expression très pratique pour ce qui était de l'usage commun. Nous avions donc plusieurs "loches" appelées selon leur destination première : loche au lapin, loche au lavoir, loche au "frigidaire"...
Ainsi, la plus ancienne, à l'arrière de la maison, très petite, basse, avec juste une porte vermoulue faite de simples planches et maintenue par une vague loquet que tout le monde aurait pu forcer en un rien de temps. Et pourtant c'était la "loche au cidre". Car c'est là qu'étaient entreposées les barriques de ce breuvage, après que nos quelques pommes aient donné lieu à un jus fermenté chez le voisin du bas et que ce dernier nous en ait aussi vendu pour l'année à venir. Nous avions l'habitude d'aller remplir une bouteille au robinet de ces grosses barriques. Il y avait une odeur d'alcool et d'acidité, de pommes et de vinaigre, mélangé à une certaine humidité. Le jus de pommes virait vite à un breuvage "trink", mais que je trouvais très désaltérant. Tout le cidre ne reposait pas dans ces tonneaux. Il y en avait aussi mis en bouteilles au bon moment, véritable évènement que la mise en plein de bouteilles, qu'il fallait bien laver avec une sorte de brosse à bouteille, les bouchons étant mis avec une sorte de puissant "poussoir " à qui m'impressionnait et ces bouteilles étaient entreposées également dans un coin de cette loche, recueillant allègrement poussière, toiles d'araignée et humidité, mais qui n'enlevait rien au côté demeuré pétillant du cidre (alors que celui des barriques était plutôt "plat" et surtout "trink".)
Ce n'était pas une cave à vin, cependant, loin de là. De toutes façons le vin, c'était uniquement du "Père Benoit "ou un vague muscadet pour le civet de lapin et ça restait dans la cuisine.
En plus du cidre, c'était aussi là qu'étaient entrepoés les bocaux de conservation. Les fameux bocaux "le Parfait" après stérilisation des haricots beurre ou verts, des betteraves rouges et des poires au sitop (les incontournables). et les cornichons au vinagre aussi bien sûr ! Là aussi l'humidité, les araignées..malmenaient le fameux caoutchouc rose des bocaux et on s'est souvent énervé à essayer de forcer une ouverture quand le bout du caoutchouc nous restait benoitement dans les mains et qu'on essayait de trouver le meilleur système pour ouvrir ce fichu bocal sans le casser (d'autant plus que l'accroche en métal censée faire levier avait elle aussi subi l'érosion d'une longue présence dans la loche et n'avait plus sa vigueur d'origine)
Avec le temps les barriques ont disparu et cette odeur spécifique d'alcool et de bois mélangés. Les petits vasistas qui ouvraient timidement sur la lumière du champ d'à côté ont vu un coin de vitrage cassé et peu à peu se sont engouffrées à l'intérieur des ronces vaillantes. On n'y allait plus que pour quelques bocaux.
Juste à côté, à l'extérieur, j'ai connu un endroit où se faisait la grande cuisson des légumes pour cochons.
C'était à l'air libre, un grand chaudron (avec le recul ça devait faire un peu "sorcière"), sur un feu de bois et on y mettait les épluchures de pommes de terre, de pommes et poireaux, des rutabagas, de la balle de blé, du son et plein d'autres choses.
Il y avait comme une odeur tiède de chou et d'herbe mouillée mélangés, vaguement écoeurante. Mais les cochons eux, adoraient. Ensuite ils sont passés aux granulés. Je ne suis pas sure qu'ils aient gagné au change.
Dans ce coin de loche, il y avait aussi un "passage" - c'est le nom qu'on donne aux endroits des haies les plus propices à nous faire passer de l'autre coté - pour aller dans le champ du voisin chercher le ballon ou la volant de badmington, ou les élastiques.. que nos jeux envoyaient là bas. C'était le "passage par derrière", ce qui veut dire qu'il y avait aussi un "passage par devant", mais là on risquait de casser la barrière et notre mère nous l'interdisait à coup de "doue, doue, doue".
La prochaine fois : la "loche aux lapins"

15.02.2008

Kenavo mais a wech' all

Comme vous avez pu le remarquer, cela fait des mois que je prends du recul par rapport au à mon blog, me sentant freinée par un cadre qui ne convient plus. J'en ai déjà fait part, je me sens à l'étroit, j'attends plus de souplesse, mais ma première formule gratuite blogspirit (qui n'existe désormais plus) me semble dorénavant très restreinte (10mo)
J'ai pourtant encore pourtant plein d'articles en tête, et un élargissement entre autres sur cette faste période de vente ambulante sur les marchés et expositions d'art sur la Bretagne, avec autant de clins d'œil sur les coutumes, les coins arpentés etc.
Et puis, j'ai envie de revoir des précédents articles, de les enrichir, d'y adjoindre photos et musiques permanentes (alors que là j'avais dû enlever des fichiers pour en remettre d'autres et certaines notes sont désormais affublées de petits carrés avec croix rouge informant qu'il y a avait un fichier mais qu'il a disparu. C'est plutôt frustrant)
Donc pas satisfaite de la formule actuelle, avec un certain découragement, je préfère appliquer une sorte de moratoire.
Et je reprends tout presqu'à zéro, sur un autre hébergeur, voire par le biais d'un site (j'attends avec impatience que puise être donnée le nom de domaine .bzh) avec partie blog (je vais me faire aider) et ne manquerais pas de fournir le lien adéquat au bon moment.

J'en profite pour dire des grands mercis à la quarantaine de fidèles qui consultent le blog tous les jours, anonymes persistants que je ne connais pas et que je salue et qui doivent aujourd'hui se demander "mais qu'est-ce qu'elle fait ?"
Et bien elle a décidé de refonder et de rebondir, mais cela demandera peut-être quelques semaines.

D'ici là Grand Kenavo
A wech'all
Mireille
(alias tabrienn - nom breton local et oral donné à mon village d'enfance Trébrivan, avant que l'administration récemment lui préfère une autre pseudo appellation bilingue toute inventée : Trabrivan ?! C'est surement pour les anglais.)

14.01.2008

Une enfance en centre bretagne 70 - moments de voeux

Moments de voeux.

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En cette période, le facteur ne manquait pas d nous apporter son lot de petites cartes de voeux, de "bonne année", de "bloavez mad". C'était non seulement une tradition, mais aussi presqu'une obligation et on ne manquait pas de pointer rapidement les membres de la famille qui ne se seraient pas manifestés par l'envoi d'une petite mignonnette argentée. Il y avait en plus tout le mois de janvier pour cela. L'habitude était que ce sont les plus jeunes qui devaient adresser d'abord leurs voeux aux plus âgés. Et en général cela prenait la forme d'une mini enveloppe, avec une carte représentant un inévitable paysage enneigé recouvert de paillettes argentées. Et les formules étaient toujours du style "toute la famille se joint à moi pour vous souhaiter une bonne et heureuse année et surtout une "bonne santé". Il n'y avait pas grand chose d'autre. Pas de mention de comment l'année précédente s'était passée pour la famille en question. Juste parfois une petite phrase supplémentaire pour annoncer une réussite d'examen d'un enfant, ou d'un futur mariage, ou alors la dégradation de l'état de santé de la grand-mère en espérant que ça ira mieux l'an prochain bien que "l'âge est là!".
Alors on répondait, du moins ma mère répondait, sur une de ces mini-cartes pareilles, achetées par paquets de dix et nous on signait après la non moins célèbre réplique de la "bonne et heureuse année" (c'est drôle, il fallait toujours les deux qualificatifs, dès fois qu'un ne serait pas suffisant). Elles avaient un côté apaisant ces cartes, des chalets isolés enneigés où l'on devinait une lumière et un feu de bois, ou alors un mini-village dans une vallée de montagne, des sapins dorés, du houx ou du gui, et ces espèces de relief doré ou argenté, on aurait dit du sable sur lequel j'aimais passer le doigt.
Il y avait également des oiseaux, si possible sur une branche enneigée elle aussi et des reliquats du Noël proche, boules et bougies et cadeaux enrubannés.
Nous qui n'avions jamais vu de montagne plus haute que les Mont d'Arrée, c'était une petite part de rêve blanc et la continuation d'une période de fêtes magique. Les mentions "bretonnes" du style Bloavez mad ou les photos de phares et de grande marée sont arrivées bien plus tard, avec le revival celtique.
Pour nous ça restera toujours les chalets dorés dans la montagne enneigée.
Et puis c'était aussi le changement de l'éphéméride comique. Avec un nouveau socle, généralement fait soit de petite fille avec animal, du style cheval ou chien, soit de petite fille sans animal, avec bouquet de fleurs, soit des animaux sans petite fille, mais en commun avec d'autres congénères, comme des petits chats dans des positions où on voyait bien qu'on les avait fait poser, soit animaux qui n'ont rien en commun comme cheval et chien, mais qui s'entendent comme larrons et qu'on a fait poser aussi, soit un paysage de neige, encore ou bien un ruisseau. Je crois que les blagues en question n'étaient jamais lues, déjà il aurait fallu chausser de fortes lunettes car c'était écrit si petit, mais c'était du comique ou rien du tout. Histoire de tourner la page. Ou les pages, car sur la fin, ma mère en enlevait plusieurs en même temps, sans faire exprès, plus maladroite avec l'age. "l'âge est là !"
12bf091d5d434738183ed31db23bdb13.jpgEt puis l'inévitable calendrier des postes. Le fameux almanac'h des PTT. Celui qu'on adorait choisir parmi toute une panoplie que le facteur était fier de nous sortir de sa sacoche. Ma mère aimait nous demander notre avis mais ça finissait toujours par un inévitable portrait de plusieurs petits chiens ou des prairies verdoyantes. Là encore peu de mer. C'est bizarre quand j'y pense, cette omission des paysages marins pourtant proches. (maintenant c'est presque le contraire, il y a des vagues en veux-tu en voilà)
Il fallait en choisir un qui convienne à tous, vu qu'il trônait sur le mur de la cuisine. Son autre intérêt c'était les numéros de téléphone administratifs et les plans intérieurs de Guingamp et St Brieuc, peut être Lannion, en tous cas, on restait bien dans les Côtes du Nord. Si on voulait un plan de Quimper, ou bien les numéros utiles de Carhaix il fallait consulter l'almanach des PTT chez ma tante.
Eh oui, c'était la même chose que pour le Télégramme, et les aléas d'être situé à la limite de trois départements.
Alors, comme on a tout le mois de janvier, à mon tour de passer par cet outil que n'aurait pas imaginé nos anciens, le blog (kezaco ?) pour souhaiter à tous une bloavez mad. Tout simplement

18.11.2007

Menez Du

De tous temps j'ai eu un faible pour les Montagnes noires. Déjà le nom, il y a un coté mystérieux Les montagnes noires ! Menez Du ! Je les imaginais peuplées de faunes et d'étranges créatures, recelant des lieux secrets ou chargés d'histoire. Un nom qui irait bien sur la carte de la Terre du Milieu chère à Tolkien. Et puis, elles ont une végétation qui n'est pas sans rappeler celle des vraies montagnes. Beaucoup de conifères et de feuillus, ce qui tranche sacrément avec le côté érodé et désertique des Monts d'Arrée.
D'un coté l'Arizona et de l'autre le Wyoming.
Je me souviens de ces routes enchanteresses, celle entre Laz et Chateauneuf par exemple, ou entre Spezet et le Chateau de Trevarez, en passant par St Goazec. Des roches abruptes, sortant d'une forêt et clamant haut et fort leur point culminant à 300 m. C'est ainsi que nous avons franchi fièrement, la semaine dernière le .." col de Toullaeron" à 260 m d'altitude Si , si ! ça doit faire bien rigoler les touristes originaires des Pyrénées. Et pourtant que de tendresse lors de ce retour à Spézet, ville où nous avons habité pendant un an. Du bretonnant de bretonnant. Il y en a comme ça, des lieux qui me sonnent plus "marqués" (comme Poullaouën, Kergrist Moëlou ou Brasparts), je ne sais pas pourquoi. Sans doute que j'y ai vécu des moments forts liés à la celtitude, des festou-noz plus forts que d'autres, des atmosphères particulières. Mais Spézet est le premier endroit (hormis Trebrivan bien sur) où j'ai vécu de manière indépendante après une escapade universitaire parisienne et l'idée d'y retourner pour un week-end me plait énormément
Ce retour s'est programmé de manière assez imprévue. Nos enfants nous ont offert un cadeau "week-end "chambres d'hôtes". C'est une formule qui fait fureur actuellement, dans les Fnac, Carrefour etc. On peut y trouver au choix des séjours sportifs style saut en parachute, des séjours gourmets, des découvertes de ville, ou même des ateliers cuisine avec des chefs.
Nous ça a été "chambres d'hotes", avec un super catalogue qui donne envie d'aller partout, mais en nous resserrant sur la Bretagne, on a flashé sur le Manoir de Toullaeron. Parce que c'est à Spézet et parce que c'est le point culminant des montagnes Noires (320 m). Le Roc de Toullaeron, on y était déjà allé à plusieurs reprises. Il fallait savoir trouver le chemin, pas du tout indiqué et quant au rocher en lui-même, on ne le voyait qu'au dernier moment. Tout petit granit de rien du tout, rien à voir avec le Menez Hom ou la Montagne St Michel de Brasparts, qui se laissent deviner de partout ou les Roc'h des Monts d'Arrée (Roc'hTrevezel, Roc'h Ruz, Menez kador, Roc'h Tredudon, tous fleurant les 380 m). Ici, c'est discret, comme si on tombait par hasard au détour d'un petit sentier humide sur un des plus beaux points de vue de Bretagne.
L'autre jour, en allant à Quimper, nous avons donc décidé d'aller en éclaireur voir le fameux manoir, bifurquant de Gourin à Spézet et franchissant donc le fameux col de Toullaeron. (enfin je me moque gentiment, mais je suppose que pour les cyclistes du coin, ce doit être sacrément costaud). Je m'attendais, 15 ans après, à ce que le roc'h du même nom soit désormais indiqué et hyper bien balisé. Eh bien non. Il faut encore savoir trouver le petit sentier. Les propriétaires du manoir nous ont alors appris ce que j'avais toujours ignoré, c'est que ce point culminant se trouve dans une propriété privée. Et que les propriétaires ne tiennent à aménager le lieu. Si bien qu'en fait de vue, il y a maintenant des arbres qui ont poussé et ne permettent plus d'embrasser autant tous les environs. Pour avoir la plus belle vue des Menez Du, il faudra dorénavant aller jusqu'au signal de Laz ou la Roche du Feu à Gouezec. Je m'en fais déjà une joie.

07.11.2007

d'autres finistères 3

Je zappe momentanément la région des abers pour plonger dans l'Iroise. Le pays, pas la mer, quoique celle-ci était encore plutôt bonne en septembre. Cette côte entre Portsall et la pointe St Matthieu est vraiment remarquable dans son humilité, peu dénaturée, avec plein de petites routes qui longent la côte de très près. Et quelle côte, là où la Manche et l'Atlantique sont censées se retrouver. J'avais déjà repéré cette portion du littoral, quand nous faisions des expositions artisanales de ce coté, notamment les floralies de Ploudalmézeau à la Pentecôte. Nous dormions dans un hôtel à Porspoder, un peu miteux "le penn ar bed", avec une vue directe sur la mer et sur un petit promontoire rempli de lapins et de vestiges de four à algues. On est repassé à Porspoder, toujours aussi sympa comme village, tout étendu, épousant les contours de la mer, et on y a même vu cet hôtel ou du moins une vieille enseigne, car à mon avis il ne doit plus avoir les normes de sécurité nécessaires. Mais on ne sait jamais..enfin, il n'est plus dans les pages jaunes.43df74f2f8d7440d8fdd857fa719f9a5.jpg
Donc la portion qui va de Tremarzan à Porspoder vaut largement, mais alors largement le détour.
La suite aussi, vers Lampaul-Plouarzel, commune bizarrement faite, essayant de longer le littoral mais paraissant plutôt désolée en même temps. Pas de trace de boutique de souvenirs ni de restos-snacks-terrasse, non des rues qui trainassent, tournent autour d'un phare, rejoignant des criques toutes aussi agréables.
b5c072e3f74c992450278db3a81f030b.jpgC'est étonnant de voir que notre début de périple d'Iroise : Portsall, tout comme la fin : pointe du Corsen sont deux lieux où l'identité bretonne a été bafouée. Par l'Amoco Cadiz pour le premier endroit. C'est fou quand même de voir que ce beau port de Portsall, un havre de paix, a vu s'échouer en son cœur le funeste pétrolier en 1978. A l'époque j'habitais Spezet, en plein centre Bretagne et j'étais admirative de voir tous les paysans du coin attendre avec leurs bottes et seaux les cars qui allaient les conduire vers ces côtes, vers la mer, que certains n'avaient encore jamais vue, pour participer à l'inlassable nettoyage. Grand moment de solidarité bretonne comme il y en a eu tant d'autres..
Et puis là très récemment, à la pointe du Corsen, devant le cross du même nom, véritable station de surveillance qui met tout en oeuvre pour éviter entre autres de nouveaux Amoco, ces mots que j'avais encore en tête, dits par un futur président, fonction qui devrait pourtant inciter à plus de respect :
Qu’est-ce qu’on va foutre dans un centre opérationnel sinistre à regarder un radar ? Qui a eu cette idée de demeuré ? (…) Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte !
La pointe du Corsen, beaucoup moins connue que celle de St Matthieu ou du Raz, n'est pas si bien fléchée que ses consœurs, il faut vouloir y aller et c'est au bout d'un chemin que l'on se trouve sur un mini promontoire où il est dit que la Manche et l'Atlantique se rejoignent (mais où ?) et où l'on se trouve sur le point le plus à l'Ouest du continent. Encore un endroit magique, mais il y en a tant. Pas très fréquenté, un peu désolé.

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23.10.2007

d'autres Finistères 2

balade en septembre
Poursuivant la route qui mène de Plougasnou à Locquirec, dans le but de revoir l'hôtel des Sables blancs où j'ai obtenu ma première immatriculation en tant de salariée du régime général, j'ai bien dû m'arrêter 4 ou 5 fois sur la route pour tenter de prendre des clichés de cette côte encore préservée, avec des chemins de randonnée à ras la falaise qui me donnaient vraiment envie d'arpenter plus longuement. Mais comme d'habitude, le résultat photographique n'est pas à la hauteur, et je reste piètre dans ce domaine, malgré les technologies qui permettent d'en faire plein, certes, d'en garder, d'en jeter, mais je n'ai pas l'œil, comme on dit.
Locquirec demeure une petite place sympa, mais finalement on a vite fait le tour, repéré l'hôtel qui vient effectivement de fermer ses portes (alors qu'il était loué par le Routard, c'est dommage), et retour par la même route côtière pour un arrêt baignade dans une crique géniale, surmontée d'un café tout aussi génial et qui mérite largement le détour, même en venant de loin. ed8ca2b7603a1c354f73ed708563afbc.jpgLa crique c'est Pol Rodou, le café c'est le café Caplan (il y en a aussi un autre, style pub écossais qui avait l'air très sympa et tout aussi bien situé mais qui était fermé - dommage). Le Café caplan c'est une oasis du côté de Guimaec, un havre de culture et de vue, la chaleur et la convivialité d'un bar (ils font aussi des assiettes) avec une envie irrépressible de se plonger dans les nombreux ouvrages en vente, particulièrement choisis et dont la disposition bien trouvée, aérée, avec cette baie sur le large, engendre l'envie d'une pause salutaire et culturelle. C'est paumé mais très fréquenté. Super endroit.
Tout comme le petit "café du port "du Dourduff, une carte postale à lui tout seul et qui fait face à la rivière qui vient de Morlaix, avec une rive menant à St Pol et l'autre à Plougasnou via Le Diben et d'autres petits ports enchanteurs. La route pour y mener (passant par le Cairn de Barnenez) est également remarquable.Et la nourriture, simple, familiale, pas très cher à base de produits de la mer.f6103d9a9beeeefe0d7e41e376c11984.jpg
Que voilà donc un coin que j'ai redécouvert, que d'ailleurs je ne connaissais même pas vraiment, avec tous les préjugés que je pouvais avoir sur cette côte Nord légumière et catholique.
Et c'est pas fini.La prochaine fois (je ne dis plus demain, car le temps me manque en ce moment) Une virée dans le pays des abers.

10.10.2007

d'autres Finistères 1

cca793b3de78411675b437eb8c821ab7.jpgJe dois dire que je ne connaissais pas trop bien le Finistère Nord. Bien que ce soit la côte la plus proche kilométriquement parlant.
Hormis les balades annuelles à Locquirec (que j'ai déjà relatées ici, car c'était toute une épopée) et la colonie de vacances municipale à St Michel en Grève (mais c'était dans le 22), nous ne voyions dans la contrée du nord, dans ce Léon qu'une réputation peu glorieuse de légumiers votant massivement à droite et tous empreints de religion. Un peu mieux que le Morbihan, mais tout juste.
Ensuite c'est une région que j'ai surtout fréquentée à l'occasion des fêtes artisanales (Floralies de Ploudalmézeau, marchés d'art de Roscoff et Lesneven) mais en général nous n'étions pas dans une dynamique de découverte touristique du secteur, et plutôt pressés de quitter les lieux et de remballer nos stands.
Puis nous avons succombé aux sirènes du Sud, du Finistère Sud, entre Audierne et Riec sur Belon. Et parcouru souvent les étangs de Fouesnant et les grandes grèves de la baie d'Audierne avec les villages un peu perdus du pays bigoudens, emprunts d'une mélancolique rudesse.
Donc cette fois, décision de revisiter le Nord en un mois de septembre ensoleillé, arrière saison prometteuse qui se désole de devoir laisser la place à l'automne après avoir tant attendu les rayons frémissants.
On voulait commencer par le tout premier village Finistérien de la Côte : Locquirec mais l'hôtel que l'on convoitait (et qui, bizarrerie des étrangetés, était le premier endroit où j'ai travaillé en tant que serveuse à 17 ans), venait de fermer, mais carrément pour toujours. Pourtant situé sur la grève des Sables blancs, c'était un lieu idéal. Peu importe, Internet est passé par là avec ses adresses comparatives et certaines qui ne sont même pas dans le guide du Routard. Il faut dire que la région ne dispose pas d'un parc hôtelier fourni, contrairement au Sud (on dirait que je parle de deux hémisphères..). il y a des chambres d'hôtes (formule qu'on se réserve pour l'hiver) et des résidences très classes à des prix qui semblent exorbitants du style 160 euros la chambre.
Mais à Plougasnou. un hôtel face au port "le temps des voiles", avec un hôte qui pratique un humour un peu caustique que j'aime bien. Plougasnou, commune sacrément étendue. Et qui mène d'un côté vers les beaux sentiers de randonnée qui vont de Primel Tregastel à Locquirec et de l'autre la route qui longe la vallée du Dourduff en passant par Barnenez. C'est simple, on avait envie de s'arrêter tout le temps pour faire fonctionner le petit panasonic numérique.
D'abord direction Primel Tregastel et la route qui mène à Locquirec (j'avais vraiment envie de revoir "mon" Hotel des Sables blancs. Très belle route côtière, qui n'est pas sans rappeler celle qui, chez nous, va des sables d'Or au Cap Frehel. Sauf que là c'était plus vert, avec des champs et des vaches non loin des plages et des petits villages encaissés dans des mini vallons, tel St Jean Du Doigt. Première impression d'église et de chapelle, on en verra plein sur ce mini périple. Cette partie de côte doit être un paradis pour les randonneurs (il y en avait d'ailleurs pas mal dans l'hôtel) si j'en juge par tous le sentiers longeant la mer, parfois à flanc de falaise. très beau coin (mais comme tant d'autres). Demain la suite.

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25.09.2007

bagads vibrants

Ayant regardé quelques passages de la descente des Champs Elysées dimanche par les Bagadou, j'ai encore observé chez moi cette très forte charge émotionnelle que déclenchent ces sonorités. Charge hautement identitaire bien sûr..
Et pourtant le bagads ça n'a jamais été mon truc. Etant plutôt portée sur le rock en général, indépendant plus précisément (bien que ce terme ne veuille plus dire grand chose), je n'ai jamais été particulièrement sensible à l'aspect musical un peu strident du bagad, encore moins à l'allure un peu figée (voire martiale) des membres.
C'est certain que je ne mettrai pas délibérément un disque de bagad dans ma platine, ni même un disque de duo biniou-bombarde, alors qu'ils me stimulent incroyablement lors des festou noz.
Et pourtant, malgré cette réticence musicale et bien que j'aie la chance de vivre et travailler en Bretagne (à l'inverse de nombreux expatriés nostalgiques dont beaucoup de franciliens), eh bien, ce son typiquement breton m'emporte carrément et me fait venir des larmes. Comme s'il touchait quelque chose de gravé à l'intérieur, d'indissociable et de qui semble dépasser ma propre personne au profit d'une région toute entière.
Alors que vive la bombarde !

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