28.05.2007
Herbiers des campagnes bretonnes 9
Allez, encore un peu de jaune avant de passer au bleu. De toutes façons, il faut s'y faire, c'est le jaune qui domine généralement. C'est la première couleur qui apparaît au printemps, avec les ficaires et primevères, et qui se maintient avec les inusables composées persistantes, crépides et autres laiterons, et même les ajoncs qui fleurissent à deux reprises c'est pour dire.
Actuellement dans les fossés, le millepertuis – hypericum perforatum. Herbe à mille trous. Drôle de plante, très haute, 40 à 90 cm dans les fossés, qu'on prend de loin pour une autre composée style crépide Beaucoup de feuillage et ce sont d'ailleurs les petites vésicules claires de ces feuilles qui donneraient le nom à la plante, ressemblant à des perforations quand on les regarde devant une lumière. Les fleurs ne sont pas en reste, jaune ocre, pétales ponctués de noir sur les marges, avec plein d'étamines qui se dressent fières. La plante perd néanmoins de sa grandeur quand elle est pressée.
Linaire vulgaire – linaria vulgaris (famille des scrofulaires). Là aussi une plante dressée (entre 30 et 80 cm) aux feuilles nombreuses, étroites alternes sur une tige gris-vert avec des fleurs jaune à cœur orange sur la lèvre qui se terminent par un éperon droit, en épi au sommet des tiges. Pareil, bord des chemins, sur les talus, dans les prés.
Et maintenant du bleu. Si le jaune est une couleur dominante des fleurs sauvages de Bretagne, et le rose qui suit pas loin, sans oublier les blancs ou crème, c'est quand même le bleu le parent pauvre et le plus fragile au niveau du pressage. Mais en cette fin mai, ils font de la résistance, souvent discrets mais bien présents si on y regarde de près et souvent délicats.
Polygala commun – polygala vulgaris. voilà une petite fleur-grappe discrète (environ 15 cm) peu connue et pourtant celle qui déploie les couleurs les plus vives et qui en plus les conserve très bien, dans des proportions que sa taille permet, avec en outre la possibilité d'y joindre la feuille pointue pour un meilleur effet. De plus les sépales ont aussi l'aspect de pétales, ce qui rajoute en intérêt. Et elle peut varier du bleu intense au rose-mauve. Alors pourquoi cette méconnaissance ? Parce qu'elle est petite et un peu planquée dans l'herbe, de préférence en bord de mer ou alors en hauteur. Parce qu'elle ne pousse pas en grands groupes, et se mélange à d'autres fleurs plus banales. C'est dommage car voilà une valeur sûre.
Les Véroniques (famille des scrophulariacées) : elles sont surtout de deux variantes. Celle qu'on appelle véronique de perse – veronica persica. parce qu'introduite d'Asie au 19ème siècle;et devenue une des véronique les plus répandues . Une fleur à quatre pétales avec des stries blanches poussant en solitaire à l'aisselle des feuilles supérieures. Très basse, voire rampante, atteint 20cm.
Et sa cousine, plus remarquable, la véronique petit chêne – veronica chamaedrys.. Très jolie petite fleur de 15-30 cm de haut, qui a pour habitude de refermer sur elle-même
dès que le jour se cache. Carrément tapis de champs, ou de pelouse, elles déploient ensuite un bleu plus soutenu mais fragile en grappes pédicellées là aussi à l'aisselle des feuilles supérieures. Quand on s'y penche, la forme générale est harmonieuse et la petitesse peut lui permettre de figurer aussi bien dans des inclusions que sur des petites cartes ou grands herbiers. C'est un bleu un peu vieilli comme on en voit peu et qui doit être difficile à peindre. Enfin quand on peut en trouver un qui demeure bleu après le séchage, car, comme pour les pervenches, il n'y en a qu'une qui reste bleue pour neuf qui virent au beige. Dommage
Une autre fleur fragile, le lin vivace – linum perenne . elle aussi se referme sans luminosité avec un bleu pratiquement pâle presque transparent qui contraste avec la tige haut dressée et les feuilles oblongues vertes, linéaires, alternes. On dirait que c'est presque évanescent et d'ailleurs, quand on les cueille, il faut pratiquement y aller avec l'annuaire ou des feuilles pour y placer la fleur immédiatement, sinon, les pétales vont se détacher et tomber comme des flocons. On la trouve en bordure des champs, sur les talus, sols calcaires, comme d 'hab.
Et pour finir avec les fleurs bleues délicates : la campanule à feuilles rondes –
campanula ritundifolia de 20 à 40 cm, dressée, grêle. Feuilles étroites le long d'une tige glabre et des fleurs pâles, à la limite entre mauve et le bleu, en pédoncules longs et fins comme des cloches. Elle pousse plutôt dans les prés et c'est quand elles sont en groupe que l'on remarque cette teinte bleu-clair fragile mais si attirant.
Bourrache officinale – borrago officinalis . que voilà une belle fleur bleue, du moins la fleur très précise, c'est à dire les cinq pétales bleus, bien déployés avec un calice pourpre pointu, un peu comme celui des douce-amères. Je dis que juste la fleur est magnifique parce qu'elle serait plutôt desservie par les tiges velues, presque rugueuses, les grosses feuilles grisâtres, et qui ont tendance à ne pas mettre en valeur les terminaisons. Ne cueillir que la tête, et encore, comme pour les pervenches ou les véroniques petit-chênes, c'est un seul bleu qui reste pour dix de cueillies, mais dans ce cas quel bleu !
Cette plante de 60 cm poussant sur terres incultes est cultivée pour soigner la toux en infusion ou pour stimuler la sudation comme diurétique. Paraît qu'on peut la manger en salade, mais les feuilles ne m'inspirent pas.
Dans le même style, fleur bleue à cinq pétales très bien dessinées avec une sorte de strie blanche au milieu,
couleur profonde mais complètement perdue au bout d'une tige velue à feuilles qui se collent jusqu'au bout à la fleur, c'est la buglosse officinale – anchusa officinalis. Encore sur les décombres et terrains vagues. Comment ces fleurs font elles pour déployer de telles couleurs et de telles vertus sur des sols ingrats, c'est un mystère.
Pour terminer un bleu qui reste vif et qui sert à tout, mais alors à tout, c'est celui du bleuet des champs – centaurea cyanus. C'était auparavant une plante très commune dans les champs de céréales, voire une "mauvaise herbe" et qui est devenue rare à la suite des traitements herbicides. Il revient désormais à l'occasion des cultures de jardins. Et s'accrochent sur les talus de quatre voies en même temps que les coquelicots. Pubescence grise, et surtout capitules paraissant radiés. Facile à faire presser, en enlevant la pubescence bien sûr et ensuite il sert à tout.
Si on peut l'y joindre quelques centaurées noires – centaurea nigra, en fait
capitules rose-vif, presqu'en pinceau, cela fera un bel ensemble. La courbe et la taille de ces capitules se prêtent bien à un tas de compositions.
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