15.05.2007

Une enfance en Centre Bretagne 69 - indécrottables morbihannais

Indécrottables Morbihannais
Entendu du côté de Carhaix le lendemain du 2ème tour : "Le Morbihan a encore voté blanc."
Ah bon, au départ je n'ai pas compris le propos : prise en compte du vote blanc ? tendance Bayrou ?
Et puis me sont revenus bien sûr les mêmes réactions qu'il y a 30 ans, quand le Centre Bretagne et les Côtes d'Armor étaient les représentants rouges ('ru") de la politique, plutôt communistes que socialistes (sauf vers St Brieuc) , et plutôt minoritaires au sein d'une société encore très marquée par le christianisme, certes un christianisme à visage démocrate, dans la veine du journal Ouest-France, mais pour nous c'étaient des "blancs", des "gwenn" et la tendance morbihannaise à voter massivement à droite les avaient placés comme symbole de ces blancs, avec en outre une association au potentat conservateur local représenté par Raymond Marcellin. Un ancien ministre de l'intérieur, tiens..
Et puis on a vu lentement le Finistère glisser vers le rose, et même il n'y a pas très longtemps l'Ille et Vilaine, qui se targuait pourtant d'un département plutôt partenarial et centriste. mais du coté "gwenn" quand même.
Donc le 7 mai, le massif armoricain aurait pu se revêtir de cette couleur de granit rose royal (jeu de mots) s'il n'y avait pas eu cette tendance du 56 à encore "voter blanc". Mais à 51.12 % seulement Donc il y a de la progression par rapport aux 65% de Marcellin.
Allez un dernier petit effort et on aura une péninsule entière résistant à l'envahisseur

06.10.2006

Marguerite et la mondialisation, par Guy carlier

Guy Carlier et Marguerite
J'ai été très touchée par la chronique de Guy carlier ce jeudi matin 5 octobre (7h55, je ne sais pas si l'on peut réécouter, peut-être par Podcast).
C'était parti d'une répartie avec un autre animateur qui lui demandait de fredonner l'air de Carmen ("l'amour est enfant de Bohême..") et G Carlier s'est retrouvé fredonner les paroles de la pub de 118 708 ou un numéro comme ça qui reprend l'air de Bizet et il en a été effrayé le Carlier.
D'où cette chronique d'une vielle dame habitant seule une maison éloignée d'un village de l'Yonne et qui n'a pour compagnie que la télévision. G Carlier notait qu'à l'heure de sa chronique, elle devait surement regarder W Lemergie à télé matin, puis Sophie Davant, qu'elle aime particulièrement car elle lui rappelle sa Sophie à elle dont la photo de communiante jaunie trône sur la télévision et qui ne vient plus la voir. Non les rares visites que recevait Marguerite, c'était la factrice qui apportait le courrier. Enfin c'est pas qu'elle recevait beaucoup de courrier Marguerite, juste l'Yonne Républicaine, les publicités des 3 suisses et les avis de paiement de la CAMARCA. La factrice apportait aussi parfois le pain et les médicaments pour les jambes de Marguerite. Et puis elle a cessé de venir, remplacé par un facteur avec une grosse camionnette qui n'a plus le temps de s'arrêter car il doit avoir terminé pour midi afin de remplir le contrat d'objectifs de la Poste pour toucher sa prime d'interessement. Et Marguerite doit descendre doucement(à cause de ses jambes) jusqu'à la boite aux lettres pour trouver un recommandé de la camarca qu'elle devra aller chercher à la grande poste d'Avalon. Alors elle appelle justement ce fameux 118 208 pour demander le numéro de la poste d'Avalon. Et un opérateur basé à Casablanca ou Limerick, après avoir pris ses coordonnées et demandé rapidement si elle était satisfaite du temps de réponse, la met en relation avec ....Emile Laposte, à Avalon
Et G Carlier de terminer, pour reprendre cet air de Carmen : "si l'amour est enfant de Bohème, la mondialisation elle est bien fille de pute."
J'espère qu'il ne m'en voudra pas de renoter (en dix fois moins bien" cette chronique, mais il y a des petites histoires comme ça qui en disent bien plus long que des éditoriaux économico-politiques et en bien plus humains.

07.09.2006

une enfance en centre bretagne 54 - politique

Politiques
On ne parlait pas vraiment politique à la maison. Même si l'on devinait très bien quelles étaient les opinions de notre famille. Ce n'était guère un secret de polichinelle. D'abord on les entendait proférer envers les hommes de droite ces jurons extrêmes qui sont en général réservés au bétail. Et les insultes devenaient encore plus fortes quand il s'agissait d'hommes de droite bretons, les traitres. (et malheureusement il y en avait plein) Ainsi Raymond Marcellin se faisait régulièrement traiter de "Loen breign" (bête pourrie) et le Morbihan qui votait majoritairement à droite dès le 1er tour était un département honni. Le Finistère, bien que globalement de droite lui aussi, était plus pardonné car on y voyait une magouille du gouvernement, de Marcellin entre autres – après tout il était ministre de l'intérieur-, qui avait créé une circonscription bidon en rattachant au pays de Carhaix (très centre Bretagne) les îles du Ponant (Sein, Ouessant). Qu'est ce ces îliens très gaullistes avaient donc à faire avec Carhaix, sinon faire chuter la proportion de votes de gauche. Il aurait paru plus réaliste de les rattacher au Léon ou au Pays Bigouden, mais ces régions là étaient déjà à droite et plutôt curé, des blancs quoi. "Loen breign !", comme ils disaient.
L'Ille et Vilaine, quant à elle, était carrément trop loin, et ce n'était d'ailleurs presque plus la Bretagne, ils ne parlaient que français ou un patois paysan n'ayant rien à voir avec le breton. Et puis c'était trop près de Paris.
Alors que nous, nous étions dans le 22, les Côtes du Nord à l'époque, le seul département de Bretagne de l'opposition et même dans la circonscription de Guingamp, nous avons été fiers d'élire en 1978 un député communiste : F Leizour. Les verres duralex ont trinqué ce jour là et pas du Père Benoit, cette fois, non, du vrai mousseux. On était ravi d'avoir contribué à élire un communiste, alors que dans la circonscription d'à coté (Loudéac) c'était encore une gaulliste, toujours la même, "la Dienesch" et une femme en plus.
C'est que tous mes parents avaient le cœur penchant fortement vers le parti à la faucille et au marteau. Un oncle animait la cellule du village, un autre remplissait des fonctions syndicales cégétistes, quant à mon grand-oncle, il ne jurait carrément que par Maurice Thorez et Lenine. Un peu Jacques Duclos aussi et parfois même Staline, ce quoi donnera lieu à des dialogues de sourds quand, une fois adolescente, j'aurais découvert le trotskisme.
Mes parents ne nous disaient jamais pour qui ils avaient voté, c'était top secret, l'isoloir c'est l'isoloir. Mais c'était finalement assez facile de savoir. Il suffisait de les titiller en leur disant qu'ils avaient surement choisi untel (que bien sur on devinait qu'ils n'appréciaient pas) pour entendre un : "oh gast ! çui-là sûrement pas alors, mallozh doue" ! Et ainsi par déduction, on connaissait le choix. (Mais en fait on le connaissait depuis toujours). Tous les gens de la commune prenaient le vote très au sérieux. Ils y allaient en habits du dimanche, les femmes plutôt l'après midi, car cela laissait présager un café/crêpes et les hommes plutôt le matin avec un petit coup de blanc à suivre. Et le soir tout le monde se retrouvait dans la mairie pour le comptage des voix. Un vrai esprit civique.
Par contre, dans ce coin de centre bretagne très bretonnant, les idées indépendantistes n'ont jamais percé, et le FLB/ARB a sûrement dû faire leur connerie du siècle en allant plastiquer l'émetteur télé de Roch Tredudon en 1974. (entendant ainsi dénoncer l'absence de la langue et de la culture bretonnes à la télévision française) Le geste n'a pas été apprécié par ici, privant plein de gens parfois isolés de la seule source d'information et de loisirs, et ce pendant plusieurs semaines d'hiver. Cela a un peu prouvé que l'on peut quand même vivre sans télé, et d'ailleurs certaines soirées, genre veillées avaient refait leur apparition, avec jeux de cartes à l'appui, mais ça restait anecdotique, car malheureusement l'entrée dans l'ère de l'individualisme, avec voitures personnelles, télé et tables en formica, était déjà fortement engagée. D'ailleurs le premier geste de plein de foyers bien placés (cad situés en hauteur) était d'orienter l'antenne râteau vers un émetteur du Morbihan pour à nouveau capter les images, même moins nettes. Nous étions dans ce cas et mon frère avait réussi cette opération et c'est ainsi que des voisins sont venus voir à la maison le "palmarès des chansons", un peu comme avant, et en ce sens, le FLB était parvenu à réunir les gens, mais pas de la façon qu'il avait prévu, car c'était une réunion autour de la télé française.